Mini-série de l’IKW
À la découverte de la déclaration du Vatican en 2024 Dignitas infinita
La guerre est-elle juste ? En réalité, dans les faits, la guerre est toujours un mal, alors que la justice, « rendre à chacun ce qui lui est dû », est toujours un bien. Cette expression est mal comprise alors qu’elle est utilisée depuis l’Antiquité[1] et par les chrétiens[2] jusque dans le Catéchisme de l’Église Catholique[3]. Parler de guerre juste c’est indiquer à quelles conditions une guerre peut être justifiée, notamment tolérée au nom du droit, droit naturel, droit des nations et droit international. Il est évident que l’on peut se défendre en cas d’agression injuste ou défendre une personne ou un peuple. Ainsi, les guerres d’agression, de conquête, de domination, de vengeance, de dissimulation des véritables intentions ne sont pas justifiées. Elles ne sont pas justes.
Faut-il souhaiter qu’il n’y ait plus de guerre ? La réponse est oui. Mais là aussi à quelles conditions ? C’est ainsi que la tradition philosophique sur la guerre mentionne deux positions apparemment contradictoires : travailler inlassablement à la paix, éviter la guerre, mais comprendre que dans certaines situations elle est inévitable, voire nécessaire en prudence dans la mesure où elle peut empêcher un mal plus grand. Pour donner des principes de discernement, nous pouvons distinguer trois moments dans la décision d’ouvrir un conflit.
Le jus ad bellum, c’est à dire discerner s’il est juste sur le plan moral de déclarer une guerre ou de répondre à une guerre par une défense armée. Il s’agit d’un droit avant la guerre qui doit se fonder sur des motifs légitimes (défense) et des raisons sérieuses de considérer qu’elle est inévitable et ne cause pas des maux plus grands. Dans le contexte actuel, il faut tenir compte que le droit international ne peut vraiment arbitrer car les points de vue sont très divergeant entre nations, quelquefois de manière légitime. Faut-il souhaiter un État mondial pour imposer la paix ? Certains le souhaitent, mais à quels prix l’imposer ?
Le jus in bello (le juste dans la guerre) qui est sans doute le discernement le plus important. Il s’agit de ne pas prendre n’importe quel moyen pour entrer en conflit. Le droit international liste les préceptes à respecter[4] qui reprennent et explicitent la longue tradition que nous avons mentionnée. C’est un critère plus objectif et qui peut faire l’objet de jugement dans des cours pénales internationales par exemple, à condition que ce ne soit pas le droit des vainqueurs qui s’impose. Cette dimension juridique objective permet un discernement plus clair. Une guerre de vengeance par exemple en voulant exterminer l’adversaire ne peut être dite juste. Il est à noter que les moyens modernes rendent ainsi quasiment impossible la proportionnalité de la défense par rapport à l’attaque. On pense aux armes dites de « destruction massive » peu à peu interdites par des traités internationaux.
Le jus post bellum, (le juste après la guerre), c’est à dire le soin pris à réparer les dégâts, restaurer une paix juste, prévoir l’après et non entraîner par exemple des destructions ou des sanctions disproportionnées pour accabler les peuples. Là aussi des traités internationaux sont nécessaires.
Tout cela est-il une suite de vœux pieux ? Oui, dans le sens où l’humanité reste marquée par le désir de violence, non dans le sens où il faut combattre la guerre et les maux qu’elle entraîne, toujours et sans cesse pour promouvoir la paix et réduire le mal que provoque la guerre.
Michel BOYANCÉ
[1] On pense à Cicéron dans le De officiis.
[2] Saint Augustin et la synthèse de saint Thomas d’Aquin (Summa Theologiæ, IIa IIae, qu. 40)
[3] CEC, n°2307-2309.
[4] Cf. Les différentes conventions de Genève et textes internationaux.