Parmi les étapes de son premier voyage en France (espérons qu’il ne soit pas unique !), le Pape Léon XIV sera accueilli au sein de l’UNESCO. Le Souverain Pontife met les pas dans ceux de saint Jean-Paul II qui, le 2 juin 1980, avait adressé un message au monde de la culture, de l’éducation et de la formation. Dans ce message, le pape avait été très clair : « Il faut se convaincre de la priorité de l’éthique sur la technique, du primat de la personne sur les choses, de la supériorité de l’esprit sur la matière. La cause de l’homme sera servie si la science s’allie à la conscience. L’homme de science aidera vraiment l’humanité s’il conserve « le sens de la transcendance de l’homme sur le monde et de Dieu sur l’homme.[1] »
L’une des missions du Pape est de veiller à la transmission du dépôt de la Foi reçue des Apôtres. Cette transmission est au cœur de la croissance des personnes, supposant la formation de l’intelligence dans son désir de vérité, et l’acquisition d’un agir vraiment libre. Ainsi, dans l’intuition de sa fondatrice Aline Lizotte, le projet de l’Association pour la Formation Chrétienne de la Personne comme œuvre d’Église s’est toujours développé en restant fidèles aux exigences propres de la formation rappelées par le Magistère, depuis Jean-Paul II jusqu’à Léon XIV. Son projet s’appuie sur la richesse de l’enseignement philosophique et théologique, en particulier d’Aristote, de saint Thomas d’Aquin et de Karol Wojtyła.
La tâche éducative et la formation de la personne humaine revêtent une importance considérable dans l’esprit du Souverain Pontife. À cet égard, l’un des textes les plus révélateurs est sans doute prononcé le 31 octobre 2025, lors du jubilé du monde éducatif. Léon XIV souligne quatre aspects de la doctrine augustinienne dans la formation de la personne : l’intériorité, l’unité, l’amour et la joie[2].
Depuis Jean-Paul II, de nouveaux problèmes sont apparus et de nouveaux défis pour la formation de la personne. Le Pape en est bien conscient et sans doute aura-t-il à cœur de rappeler l’importance de la formation humaine et de la responsabilité éducative dans le monde de la révolution technologique imposée par le développement et le pouvoir de l’Intelligence Artificielle. La séduction du numérique offre toujours la tentation de vivre hors de soi, les yeux fixés sur des promesses souvent illusoires qu’offrent les écrans magiques. La figure du petit pantin de bois Pinocchio est parlante à l’homme contemporain : n’écoutant plus sa conscience, se laissant séduire et entraîné par la ruse et la douceur de deux étranges amis, il se découvre plus esclave que libre, dans ce prétendu pays de cocagne qu’on lui a fait miroiter.
Pour éviter de devenir des marionnettes aux fils invisibles habilement reliés aux algorithmes décidant de nos pensées et de notre agir, le Pape Léon XIV nous exhorte dans son encyclique à préserver la liberté face à la dépendance et à la marchandisation : « Il ne faut pas sous-estimer les formes les plus subtiles de dépendance liées à l’économie numérique de l’attention, où les plateformes et les services sont conçus pour capter le temps et le regard des utilisateurs, en exploitant leurs fragilités et en affaiblissant leur liberté intérieure. Lorsque des modèles commerciaux prospèrent sur la faiblesse humaine, la personne est traitée comme un moyen et non comme une fin, et ceux qui conçoivent ou financent ces systèmes assument une responsabilité morale à laquelle ils ne peuvent se soustraire. Il est urgent de promouvoir une utilisation des technologies qui renforce la liberté intérieure : éducation à la sobriété numérique, protection des mineurs et lutte contre les modèles qui prospèrent sur la vulnérabilité.[3] »
Le Pape Léon XIV, qui se fait la voix de l’Église experte en humanité, manifeste ainsi les nouveaux défis auxquels la personne humaine est confrontée, exigeant une formation adaptée à notre temps, pour les nouvelles générations. L’Intelligence Artificielle est une « aide précieuse tout en nécessitant une approche mesurée et vigilante[4] ». C’est cette formation adaptée que l’AFCP et l’Institut Karol Wojtyla, qu’elle a fondé, continue à proposer. Elle repose sur le développement des trois dimensions de la personne humaine créée à l’image de Dieu : vérité, liberté, amour. Elle rappelle la grandeur de sa dignité, la puissance unifiante de l’exercice des vertus cardinales et théologales ; elle veut aider à goûter la joie de contempler l’ordre du monde dans sa beauté. Ainsi, appuyée sur les exigences d’une philosophie réaliste, l’Association accueille avec confiance l’enseignement du Magistère de l’Église à travers son nouveau Pasteur. Lui-même offre le témoignage d’une vie unifiée, dont la paix est communicative, et nous renvoie au Christ, car le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné[5].
Père Xavier Lefebvre
Formateur au Séminaire Pontifical Français de Rome
Official au Saint-Siège (Dicastère pour les Évêques)
L’article ci-dessus a été rédigé par le Père Lefebvre, dont le responsable du Dicastère pour les Évêques était le Cardinal Robert Francis Prevost jusqu’à son élection comme Pape Léon XIV.
[1] Pape Jean-Paul II, Discours à l’UNESCO, lundi 2 juin 1980
[2] Cf. Léon XIV, Rencontre avec les Educateurs à l’occasion du Jubilé du monde éducatif
[3] Léon XIV, Encyclique Magnifica Humanitas, 15 mai 2025, n°171
[4] Idem, n°100
[5] Concile Vatican II, Constitution Pastorale Gaudium et Spes, n° 22, §1
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