Association pour la Formation Chrétienne de la Personne
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Les sessions « Amour, sexualité et vie chrétienne »

Les sessions « Amour, sexualité et vie chrétienne » commencent en 1991. Aline Lizotte conçoit et donne cette année-là la première formation destinée à faire réfléchir sur la signification humaine et chrétienne de l’amour et de la sexualité. Ces sessions rencontrent un succès notable ; ce sont parfois jusqu’à cent personnes qui s’y inscrivent. Ce qui frappe alors les participants, c’est l’approche holistique de la personne humaine ; sont en effet abordés, avec toute la rigueur d’un questionnement et d’une méthode philosophiques, les réalités corporelles, psychiques et spirituelles de celle-ci, autant que son insertion dans la société – ce dont rendent compte les sciences sociales -, et son lien au divin – ce qui donne lieu à des enseignements en théologie -. 

Aussi, à l’issue de ces sessions, les demandes se multiplient d’une formation approfondie en anthropologie, voire d’un accompagnement personnel propre à réduire l’écart entre ce qui est manifesté de la vérité de la personne humaine et un mode de vie qui contredit celle-ci. Ces demandes seront le point de départ d’une autre œuvre de l’AFCP : l’institut d’anthropologie et d’éthique de l’accompagnement, l’Institut Karol Wojtyla ; ce dernier ouvre ses portes en 2012.

Que découvre-t-on de la personne humaine lors de ces sessions ? Et pour introduire à quel agir ?

1. Qu’est-ce qu’un être humain ?

Multiplicité

Le point de départ des sessions est la question fondamentale : qu’est-ce qu’un être humain ? Se font jour ses dimensions biologique, psychique, affective, spirituelle, lesquelles sollicitent dans la personne humaine une multiplicité de puissances :
– Pour la dimension biologique : les puissances végétatives, qui rendent aptes à la nutrition, la croissance, la reproduction, et sont communes à tout vivant ;
– Pour les dimensions psychique et affective : les puissances sensitives, qui rendent possibles émotions, sentiments, passions, comme aussi sensations, représentations et jugements, qu’on trouve chez l’animal et chez l’être humain ;
– Pour la dimension spirituelle : les puissances spirituelles, intelligence et volonté, qui caractérisent l’être humain.

Unité

Mais ces puissances ainsi répertoriées ne s’opposent pas ; elles forment une unité. L’être humain est ainsi capable, par la sollicitation et la convergence de ces diverses puissances, de connaître, de vouloir et d’aimer, d’agir librement.

Relation

Par ailleurs, l’être humain reçoit ces puissances d’autres que lui ; bien davantage, il les déploie pleinement grâce à leur concours. Par eux, il apprend le manger et boire, le vêtir, le parler, le marcher… si de lui-même il peut désirer tout cela, c’est aidé par d’autres qu’il y parvient et acquiert l’aisance qui lui manquait. Ainsi l’être humain est-il non pas seulement un individu juxtaposé à d’autres individus, mais un être relié à d’autres êtres, et ce de telle sorte qu’il puisse donner sa pleine mesure. Se fait jour une autre dimension de l’être humain, à prendre en considération, la dimension relationnelle, qui permet de désigner l’être humain, mieux que comme individu, comme personne humaine.

2. Le corps dans la personne humaine

Le corps et l’humain

Ce sens de l’unité, en amont de la variété des puissances, permet un développement original sur la signification du corps. Dans cette perspective, en effet, le corps n’est pas jugé un simple support biologique mais partie intégrante, et manifestation privilégiée de la personne humaine. Par le corps, nous le savions déjà : l’homme entre en relation avec le monde, peut le connaître et le transformer ; il agit, communique avec les autres. Mais la vision qui en est offerte lors de ces sessions nous mène au-delà : le corps exprime et participe à la réalisation de la personne ; dans sa matérialité, le spirituel peut irradier ; il rend visible l’invisible. En d’autres termes, par sa structure même, le corps révèle et porte le caractère spirituel de la personne humaine.

Masculin et féminin

Or le corps humain est aussi corps sexué. Une autre originalité des sessions est celle-ci, nourrie des catéchèses de saint Jean-Paul II : faire voir que, par cette identité sexuée, le corps signifie autre chose encore de la personne. Outre son caractère humain, personnel, spirituel, sa vocation au dépassement de soi pour la communion avec l’autre. La différence sexuelle, en effet, manifeste dans la personne humaine :

  • L’impossibilité de se suffire à soi-même ou de s’auto-réaliser ;
  • La nécessité pour commencer de vivre, et pour donner à son tour la vie, qu’un homme et une femme s’unissent.

Ainsi, le bonheur, la plénitude auxquels la personne humaine aspire ne peut advenir que de l’union avec un autre que soi ; et, parce que l’autre est une personne humaine, libre et responsable comme elle de ses actes, l’union ne peut advenir que d’un don et d’un accueil libres et réciproques ; enfin, ce don et cet accueil, pour être authentiques, demandent que croisse entre les deux personnes un amour de l’autre pour lui-même, c’est-à-dire une authentique amitié.

Et puisque la réalité humaine n’est pas qu’une réalité biologique, mais psychique et affective, spirituelle, personnelle et relationnelle, puisqu’aussi le corps en est la manifestation privilégiée, les sessionistes sont introduits par la considération du corps humain à une complémentarité, un amour, une unité dans le don réciproque, à une fécondité des personnes infiniment plus étendus et profonds que ne le laisseraient présager une approche purement rationaliste ou purement matérialiste. Des mots sont mis sur ce qui constitue l’authentique déploiement d’eux-mêmes, des relations qu’ils ont avec les autres, et d’une vie en plénitude – celle qu’ils ont reçue, celle aussi qu’ils sont en capacité de répandre autour d’eux.

La personne et le divin

Que le corps manifeste l’invisible – celui de l’esprit même de la personne humaine, celui aussi de sa vocation au dépassement de soi pour le don et la communion avec autre que soi, les sessions y insistent. Mais la Révélation chrétienne, l’enseignement de l’Eglise jusqu’aux derniers papes, témoignent d’un autre Invisible, qui donne une nouvelle profondeur à l’appréciation du corps et de la personne humaine : Dieu est Trinité ; il est communion des Personnes.

Ainsi le corps humain, qui est appel à la communion des personnes, est-il l’introduction au mystère d’un Dieu trinitaire ; en effet, chacun des corps de la femme et de l’homme étant par lui-même incomplet, l’union ne trouve pourtant son plein accomplissement que dans un amour de don ; et cet amour pour être authentique doit se prendre au tissu même de l’Amour divin. Ainsi le corps est-il signe et appel à la communion des personnes humaines et divines ; il a une signification théologique ; il est la manifestation dans la chair d’une réalité divine trinitaire ; et en même temps que sa manifestation, l’appel à une relation – reconnue pour nécessaire et vitale – à ce Dieu dont il est l’image.

Couple au bord de la Sarthe

3. Être et agir

Une théorie qui interroge la pratique

Cette vocation au dépassement de soi pour se donner à l’autre – la personne humaine, et Dieu même – et pour le recevoir, manifestée dans le corps, implique pour y tendre, chez l’homme et la femme, que soient respectées leurs personnes et, grâce à une connaissance approfondie qu’ils ont d’eux-mêmes et de l’autre – comme personnes humaines, et comme êtres masculin-féminin -, respectés :

  • Leur désir naturel de vérité et de beauté, d’amour et de communion ;
  • Le déploiement de leurs puissances, propres à réaliser ce désir ;
  • La liberté intérieure qui en découle.

Les sessions déclinent ainsi : En même temps que la diversité des puissances de la personne humaine, leurs articulations ; en même temps que la vocation ultime à laquelle toutes elles tendent, les actes qui les exercent et ceux qui les blessent. Ainsi les participants sont-ils portés, en même temps qu’à contempler le but ultime de la vie humaine, la communion des personnes, à réfléchir au juste ordonnancement de leurs désirs, vouloirs, comportements, en vue de ce but et de cette communion.

Une pratique qui aide à l’intégration de la théorie

Pour soutenir cette réflexion, les sessions ont une dernière originalité : celle d’aider à l’intégration de ces enseignements  par des temps dédiés :

  • À la réflexion et la méditation personnelles : abbayes bénédictines, chemin de halage sont à proximité ;
  • Aux échanges au sein du couple, et entre participants : les repas sont pris en commun, et des temps libres aménagés ;
  • À la parole : des écoutants sont disponibles pour chacun ; au terme des sessions, pour ceux qui le demandent, un accompagnement est proposé ;
  • À la prière : pour ceux qui le souhaitent, une messe est célébrée chaque jour, et en point d’orgue des sessions, une adoration eucharistique au cours de laquelle des prêtres se mettent à la disposition des sessionistes pour donner le sacrement du pardon.

Ainsi les participants peuvent-ils éprouver plus directement l’union intime entre connaissance intellectuelle et expérience personnelle, théorie et pratique. Mieux, ils peuvent, dans un cadre porteur, continuer de développer les dispositions naturelles de toutes leurs puissances au bien et au beau, à l’amour et à la communion.

En bref

L’approche holistique approfondie de la personne humaine, qui fait appel à toutes les sciences : biologique, psychologique et sociales, philosophique et théologique, spéculatives et pratiques, telle qu’on la trouve dans les sessions « Amour, sexualité et vie chrétienne », a donc pour objectif principal d’aider chacun à vivre l’amour de manière plus authentique, en accord avec la vérité de son être et dans une ouverture à la communion avec le conjoint, avec ses semblables, et avec Dieu.

Aline Lizotte en voyait toute l’importance. L’AFCP poursuit l’œuvre commencée ; elle se veut ainsi fidèle à ce trésor hérité à la fois de la Révélation et de la philosophie :
– Depuis la philosophie réaliste d’Aristote jusqu’au personnalisme de saint Jean-Paul II ;
– Enseignement de l’Église dépositaire de la Révélation en Jésus-Christ, sans cesse approfondie depuis l’époque patristique et médiévale – dont saint Augustin et saint Thomas d’Aquin sont deux grandes figures -, jusqu’à nos jours.

Bien davantage, au travers de ces sessions, l’AFCP a le désir toujours neuf et se donne pour tâche de communiquer ce trésor, convaincue que quiconque puise à ces sources, « est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt » (Ps 1, 3).

Violaine de LARTIGUE

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