Question temporelles, réponses éternelles titre La Newsletter
Éditée le
1er septembre 2015
Questions temporelles,
réponses éternelles
L'évangile selon saint Jean

Dans un des nombreux mémoires qui ont été envoyés aux Conférences Épiscopales et acheminés au secrétariat du Synode, on trouve cette plainte : « Il faudrait que l’Église renonce à nous imposer le joug sacramentel du mariage ». Cela peut choquer ! « Se marier à l’Église » et non uniquement dans l’église, cela devrait signifier recevoir un sacrement qui entraîne une obligation d’indissolubilité, laquelle, bien qu’elle ne découle pas du caractère sacramentel mais de l’engagement sui generis du don conjugal, devient absolument scellée. Telle est l’institution du mariage chrétien ! Mais aujourd’hui, paraît-il, les chrétiens, comme tous les autres, ne sont plus sensibles aux exigences institutionnelles. Le sécularisme prégnant, l’individualisme contraignant, le personnalisme séduisant, entraînent un nombre de plus en plus grand de chrétiens à considérer le mariage à l’église comme une fête dont les époux sont les rois, comme un moment de haute émotion auquel s’ajoute un brin de sacralité symbolisé par une bénédiction rituelle. C’est souvent tout ce qu’ils demandent à l’Église. Ils souhaitent, bien entendu, s’aimer toute leur vie durant, mais ils craignent l’inévitable. Cet amour durera-t-il toujours ? Et s’il ne dure pas, serons-nous aux prises avec une obligation de vivre une vie commune tout en ne s’aimant plus ? Les statistiques concernant le mariage ont de quoi inquiéter. L’union de fait, le concubinage, les mariages nuls, forment maintenant le vécu émergent d’un grand nombre de baptisés. Le mariage monogame, indissoluble, est devenu un état « idéal ». Ce n’est plus la réalité.


Lettrine

e synode ordinaire sur la famille s’annonce pour le début d’octobre. Il s'ouvrira officiellement le 4 octobre pour se clore le 25. Même si l’on nous annonce, pour ceux qui l’espèrent, un synode moins agité et moins confus que l’Assemblée extraordinaire de l’année 2014, il est loin d’être acquis, à l’heure actuelle, que la réunion synodale se déroulera sans l’affrontement de hautes tensions. Sujet de scandale ? Non ! Les opinions théologiques sont diverses, très différentes sont les perceptions des besoins de l’Église et des attentes du peuple chrétien. Les questions surgissent de part et d’autre et les réponses ne sont pas à portée de main. Le labeur théologique est un vrai labeur et même si l’Esprit Saint demeure toujours présent dans l’Église, il ne clôt pas les bouches, il ne met pas les cerveaux en panne de concepts et d’opinions, il ne tyrannise pas les volontés, ni ne martèle les vérités. La vérité se dévoile lentement et la lumière exige souvent, pour être un bienfait attendu, un long passage par les ténèbres.

Devant les interventions qui se sont multipliées ces derniers mois et face à la médiatisation qui en a été faite, on voit mieux autour de quelles questions le débat s’engage. Ces questions ne sont pas écrites en clair dans les documents officiels, ni dans les Lineamenta parus en janvier dernier, ni dans l’Instrumentum laboris délivré fin juin ; néanmoins, elles forment les dessous des opinions émises, débattues et combattues. Elles se focalisent sur un point nouveau : une vraie pastorale d’évangélisation, pour le monde actuel, ne devrait-elle pas renoncer à une théologie abstraite, traditionnelle, institutionnelle, idéaliste, pour rejoindre l’homme tel qu’il est ? Cet homme dont Jean-Paul II proclamait qu’il est la route de l’Église ? Ce débat de fond s’articule autour d’un certain nombre de questions, que cette news se permet de soulever.


QUESTION 1 :

La condamnation non équivoque de Jésus-Christ, concernant le divorce en vue d’un remariage, s’applique-t-elle aujourd’hui de la même façon et dans le même contexte où ces mots du Christ ont été prononcés ? Autrement dit, même si Jésus le dit, peut-on aujourd’hui s’appuyer sur ses paroles pour dire que les divorcés remariés sont dans un état de péché, ou sont adultères ?

Quelles sont les paroles de Jésus et dans quel contexte les prononce-t-Il ? Telles que les Évangiles nous les rapportent, il y a quatre citations des paroles de Jésus, deux en Matthieu (5, 32 et 19, 9), une en Luc (16, 18) et en Marc (10, 2-12). Les récits évangéliques semblent identiques et pourtant, les contextes ne sont pas les mêmes. La citation de Matthieu : « Quiconque répudie sa femme, hormis le cas de prostitution, la fait devenir adultère et quiconque épouse une femme répudiée commet un adultère » (Mt 5, 32), si on la compare à celle de Luc 16, 18 : « Tout homme qui répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère, et celui qui épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère », montrent des différences.

Les deux citations viennent tout probablement de cette source Q1, un logion que Matthieu et Luc insèrent dans leur évangile selon des fins théologiques et pastorales différentes. Matthieu le place dans le long récit du Sermon sur la Montagne, au sein des six antithèses qu’il introduit, par ces mots : « Il vous a été dit… mais moi je vous dis », et Luc dans un petit groupe de paroles sur des sujets législatifs et moraux. Mais l’intention théologique et pastorale de Matthieu est remarquable : il cite deux fois le même logion, à peu près de la même façon, sauf qu’en 5, 32, il y a cette précision concernant l’homme qui répudie sa femme : il la fait devenir adultère (poiei autê moicheuthênai). Par ailleurs, les deux citations font partie d’un discours eschatologique concernant le Royaume de Dieu, de cette vie nouvelle qu’apporte le Christ. Elles sont nettement orientées vers la vie des baptisés.

Qu’en est-il alors du contexte sociologique dans lequel les paroles du Jésus historique ont été prononcées ? Pour mieux le comprendre, il faut étudier le texte de Marc 10, 1-12. Ce texte fait partie des récits de controverse2, entre les Pharisiens (et souvent les Scribes) qui veulent « mettre Jésus à l’épreuve », le prendre au piège et qui lui demandent : « Est-il permis à un mari de répudier sa femme ? » Où est le piège ? Il ne s’agit pas de voir si Jésus prendra parti pour la Maison de Hillel contre celle de Shammai sur l’interprétation du Dt 24, I, il s’agit de voir quelle sera son interprétation des motifs de la répudiation. Le texte du Dt 24, I mentionne qu’un homme peut répudier sa femme s’il a trouvé en elle quelque chose de honteux. Quelle est cette chose, cette tare ? L’interprétation de Hillel est très large, elle peut aller jusqu’à une verrue sur le nez, ou le seul fait qu’il ait trouvé une femme plus jolie que la sienne. Celle de Shammai est plus restreinte : il faut que la femme ait fait quelque chose de grave, par exemple un adultère.

Ce débat, qui nous est connu par la Mishna, le plus ancien corpus rabbinique rédigé entre + 200 et + 220, n’intéresse pas Jésus. Pour nous, Il nous fait comprendre que la structure sociale des Juifs palestiniens du temps de Jésus admettait et pratiquait le divorce comme un fait, peut-être douloureux, mais normal. Il nous fait aussi voir que l’acte de la répudiation est un droit qui n’appartient qu’à l’homme, qu’au mari. Contrairement aux lois romaines et même grecques, en Palestine, une femme ne peut pas répudier son mari. Elle, par contre, peut être répudiée sous n’importe quel motif ! Qu’en pense Jésus, le Rabbi, le Maître qui s’est « impliqué dans les diverses discussions et débats halakhiques qui agitaient le judaïsme palestinien vers le tournant de l’ère chrétienne3 ? ».


« Loi judaïque et loi romaine :
des cultures où la répudiation allait de soi »

A la question des pharisiens, Jésus, en véritable maître de la halaka4, répond : « Que Moïse vous a-t-il prescrit ? ». Ils lui répondent : « Moïse nous a prescrit de rédiger un acte de divorce et de répudier. » La réponse de Jésus donne d’abord la raison de sa conclusion. Cette prescription vient de la dureté de votre cœur et, sans référer à aucune autorité en Israël, Il affirme : « Mais à l’origine, Il les fit homme et femme. Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère et les deux ne feront qu’une seule chair. »

Ce texte, on le connaît, c’est celui de Genèse, 2, 24-25. « Eh bien, ce que Dieu a uni, l’homme ne doit pas le séparer. » Là se termine la discussion halakhique avec les Pharisiens. Ce n’est que rentré à la maison que Jésus tire la conclusion : « Quiconque répudie sa femme et épouse une autre (femme) commet un adultère envers elle, et si elle, répudiant aussi son mari, épouse un autre (homme) elle commet un adultère. » Cette condamnation radicale du divorce qui tombait dans une culture où ce comportement allait de soi et constituait une mesure régulatrice des mœurs provoque, on s’en doute, un étonnement des disciples. Elle est d’autant plus étonnante qu’elle sous-entend qu’un pieux Israélite peut, tout en observant la loi mosaïque, se voir coupable d’adultère, c’est-à -dire pécher gravement contre Dieu (Gn 39, 9 ; Ps 50/51, 6 ; Dn 23, 24) dont la Loi défend l’adultère (Ex 20, 14 ; Lv 10, 20). Matthieu nous fait part de cet étonnement, pour ne pas dire de cette stupeur : « Si telle est la condition de l’homme envers la femme, il n’est pas expédient de se marier » (Mt 19, 10).

La femme adultère

Cette conclusion radicale telle que Marc l’exprime, en plus de condamner le divorce, contient quelques nouveautés. En premier, elle traite de façon égale l’homme et la femme, comme si les deux pouvaient répudier leur conjoint. Ce qui n’est pas le cas en Israël5. Il y a plus : elle attribue le poids de l’adultère de la femme exclusivement au mari. C’est lui qui, en divorçant, rend la femme adultère. Matthieu l’avait pressenti, puisqu’il exprime le logion Q dans ces mots : « Quiconque répudie sa femme, hormis le cas de prostitution, la fait devenir (poiei autê moicheuthênai) adultère et quiconque épouse une femme répudiée commet un adultère. »

Dans cette culture dominée par l’homme où, historiquement, il s’est accaparé le droit du mariage, la responsabilité des conséquences du divorce - rendre la femme adultère - retombe d’abord sur lui. Il rend la femme adultère en l’obligeant, pour préserver son honneur, à un second mariage qui ne sera pas plus valide que celui de son conjoint, lesquels sont déclarés adultères l’un et l’autre. Que l’homme soit rendu adultère par la femme qu’il a répudiée et qu’elle-même soit rendue adultère par l’homme qui la répudie, voilà une situation de l’homme envers la femme qui, au premier abord, entrait très mal dans le cadre sociologique des Juifs palestiniens… et aussi des disciples. Et pourtant Jésus n’hésite pas. Il ramène son auditoire à l’Origine, à cette bienfaisante Origine où, selon le plan de Dieu, l’homme (tiré du limon de la terre) et la femme (tirée de l’homme) sont invités à une telle maturité affective et une telle capacité de don d’eux-mêmes qu’ils doivent quitter père et mère, pour que l’homme s’attache (kollaô6 pros o lunê autos) à sa femme afin de devenir une seule chair. Et il affirme, par le fait même, qu’il est venu restaurer le projet originel de Dieu en rendant l’homme et la femme capables de le vivre.

Quel est le sens acceptable que ces paroles du Christ peuvent avoir sur nos mœurs et nos civilisations d’aujourd’hui ? Ces paroles sont celles d’un Juif du 1er siècle, parlant araméen à un auditoire dont les mœurs à plus d’un titre nous sont devenues étrangères. Ce que nous appelons « divorce » n’est pas une « répudiation » unilatérale que le mari adresse à une femme. La liberté de la femme, son identité propre ne sont plus mises en péril par leur décision de divorcer. L’homme ne peut plus être tenu responsable du comportement de la femme ni dans le mariage ni après un divorce. Enfin, troisième sens, si la rupture du lien conjugal rend inévitablement les époux adultères, quel sens ce mot, chargé d’émotion sociale, peut-il avoir aujourd’hui ? Autrement dit, les mots « divorce » et « adultère » ont-ils, aujourd’hui, le même sens qu’ils avaient dans le contexte du judaïsme palestinien du 1er siècle, alors qu’un Juif pratiquant la halaka avec d’autres experts en Écriture Sainte prononce la condamnation de cette pratique sociale au nom d’une volonté divine qu’il fait remonter à l’Origine ?

Avant de répondre à cette objection, regardons l’utilisation que Paul fait de cette injonction du Christ. S’adressant aux Corinthiens 1Co 7, donc, dans un contexte hellénique auprès des païens nouveaux baptisés, et tentant de répondre à leurs questions embrouillées par un proche idéal gnostique, lequel exclurait volontiers le mariage comme un mode de vie incompatible avec la « sainteté de leur nouvelle vie », Paul sent qu’il faut une autorité plus forte que la sienne pour affirmer l’indissolubilité du mariage. Cette autorité, il en fait part avec des mots forts : « Quant aux personnes mariées, voici ce que je prescris, non pas moi mais le Seigneur : que la femme ne soit pas séparée de son mari – au cas où elle aurait été séparée, qu’elle ne se remarie pas ou qu’elle se réconcilie avec son mari – et que le mari ne répudie pas sa femme. »

Ce texte qui date des années 50 après le Christ est très intéressant à plus d’un titre : 1° il n’émane d’aucune autorité apostolique mais fait appel à la volonté du Seigneur, lequel n’est plus théologiquement considéré comme un prophète halakique, mais comme Dieu ; 2° il est prononcé dans un contexte totalement différent de celui dont nous font part les Évangiles. Il ne s’agit pas d’un divorce pour des motifs aussi légers que ceux que prônait la Maison de Hillel ou graves comme le pensait Shammai. Il s’agit de motifs qui semblent spirituellement élevés, comme mener une vie sainte après le baptême ; 3° il n'est pas question d’adultère. Paul présume qu’il y a eu un mariage valide – sacramentel ou non – donc qu’il y a vie commune ; 4° il applique la loi ou la volonté du Seigneur à la réalité existante : « Que chacun demeure dans l’état où l’a trouvé l’appel de Dieu » (v.17) ; 5 ° il nuance sa pensée quant à la responsabilité de l’un et de l’autre époux : la femme qui a été séparée, celle qui a reçu une mise en demeure de divorce, comme le soulignait Mc 10, 12, peut se sentir « libre ». Elle ne doit pas se remarier ou elle doit se réconcilier avec son mari, car le premier mariage demeure valide. Quant à l’homme, il ne peut prendre l’initiative de la répudiation, quels que soient les motifs7 personnels qu’il en ait.

Ce texte a été tenu par l’Église comme règle de sa doctrine et de son jugement, jusqu’à nos jours. Il est valable pour tous les contextes sociologiques et ne dépend ni des motifs du divorce, ni des conditions des époux. Il ne fait pas appel aux sentiments personnels. Il est la règle de celui qui prescrit, non pas moi mais le Seigneur.


« La fornication adultérine brise le mariage
mais n'autorise pas le remariage »

Quand on dit que ce texte a été tenu par toute l’Église jusqu’à nos jours, ce ne fut pas sans difficultés et sans labeur théologique. Pour les Juifs comme pour les païens, pour les païens comme pour les chrétiens, les conditions sociologiques de la vie conjugale présentent des défis. Il y a des mariages, mais il y a aussi des divorces, des séparations de fait, des adultères, de la fornication. Le monde des premiers siècles de l’Église n’est ni pire, ni meilleur que notre monde actuel. Sous la loi romaine qui régit la société jusqu’au VIIIe siècle, toute séparation entre époux, divorce par consentement mutuel ou répudiation d’origine unilatérale, rend possible un nouveau mariage. « Selon la loi civile, le mariage est un contrat entre deux personnes : le divorce proprement dit ne pose donc aucun problème ; ce que deux contractants ont accepté, ils peuvent aussi d’un commun accord y renoncer ; la répudiation fait davantage difficulté parce qu’elle viole unilatéralement le contrat et c’est pourquoi elle exige une réglementation que Constantin rendra plus sévère.8 »

Quelles ont été les réactions des Pères et des Docteurs de l’Église à cette situation de fait, d’Ignace d’Antioche et d’Hermas à saint Augustin ? Dans leur enseignement pastoral et théologique, il y a des constantes fortes. Tous admettent que si le mariage est une des formes de contrat, il n’est pas un contrat comme les autres. S’appuyant sur Gn 2, 24, tous enseignent que le « mariage est un acte divin qui unit un homme et une femme pour en faire une seule chair ». En conséquence, l’homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni. Orientaux ou Occidentaux s’opposent à la loi civile, souvent mentionnée par eux comme la loi des païens. La grande partie rejette cette inégalité des sexes qui est celle du droit matrimonial judaïque et des obligations qui en ressortent pour ce qui est des responsabilités de l’adultère, de la séparation et du remariage. Ils n’acceptent pas que l’homme ne soit coupable d’adultère que s’il s’unit à une femme mariée et que la femme, elle, soit taxée d’adultère dès qu’elle s’unit à un autre homme.

Ainsi, dans leur esprit et leur enseignement, une violation du droit conjugal, qu’il soit le fait de l’homme ou de la femme, est une fornication, terme qu’ils emploient pour parler de l’incise mathéenne « porneia » (prostitution). Elle justifie ou même oblige la séparation, ou du moins met un terme à la vie commune. Entraîne-t-elle pour autant la rupture du lien ? Qui dit rupture du lien, dit possibilité de remariage, ou tout au moins possibilité de remariage pour le conjoint innocent. Sans vraiment s’opposer, les opinions paraissent diverger. Tous sont d’accord que la répudiation, faite par le mari – ou la femme – pour quelque motif que ce soit, est contre « la volonté du Seigneur » et rend le mari et même sa propre femme adultères. Mais tous ne sont pas d’accord, sans être pleinement en désaccord, sur le fait que la séparation pour cause de fornication, même si elle met fin à une vie commune, entraîne une dissolution du lien. Tertullien écrit que la répudiation dirime le mariage comme le fait la mort et Augustin refuse le baptême à des divorcés remariés. Mais si l’on examine de près le langage employé par les auteurs chrétiens, tous parlent d’une solution de la vie commune causée par la fornication. Peu justifient, pour ne pas dire aucun, que cette solution donne le droit au remariage.

La fornication adultérine brise le mariage puisqu’elle est une atteinte à la fidélité, elle justifie une distance et même une cessation de la vie commune mais n’autorise pas le remariage. Et beaucoup insistent sur la tolérance, le pardon et la fidélité de la partie innocente en vue du salut du coupable. Les raisons sont précises. Ce lien est le premier signe de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Depuis la venue du Christ, il est selon Origène « le symbole d’un mystère surnaturel » et, selon Augustin, le sacramentum minus d’un sacramentum magnum.


Résumons-nous :

• Jésus condamne radicalement le divorce, c’est-à-dire la rupture juridique qui fait appel à une autorité juridique externe s’accomplissant au for externe et, de ce fait, publiquement signifiée. Cette condamnation n’est ni une sorte de jurisprudence du droit matrimonial de son temps, ni même une interprétation de la loi mosaïque. Elle s’appuie sur la parole créatrice de Dieu, Gn 2, 24, dont le divorce est une violation.

• Aucune autorité humaine, même Moïse, ne peut annuler cette Parole ou l’interpréter dans un sens qui justifierait une répudiation ou un consentement à cette rupture du lien conjugal s’il a été conclu validement.
La « permission » mosaïque à cause de la « dureté du cœur » ne peut pas être considérée comme un « acte de miséricorde ». Elle signifie le refus obstiné de recevoir la Parole de Dieu et de l’appliquer.

• En conséquence, l’acte juridique social, quelle que soit sa forme culturelle (répudiation, divorce civil) s’il est suivi d’un autre mariage, n’a aucun pouvoir de remplacer le premier mariage. Ce second mariage négocié par l’époux (coutume judaïque) ou par l’homme et la femme (droit romain) rend, au for externe, c’est-à-dire publiquement, l’homme et en conséquence la femme, adultères.

• Selon la jurisprudence développée par la suite dans l’Église, cet acte juridique auquel on donne le pouvoir de rompre un lien qui est de droit divin, c’est-à-dire qui est protégé et garanti par l’autorité divine, doit avec précaution être distingué d’une séparation (qu’elle soit canonique ou simplement civile9), qui rompt la communauté et l’ensemble des droits et des devoirs conjugaux, à l’exception du lien lui-même.

• Dire qu’un second mariage, quand le premier mariage valide existe, est un adultère, cela est une imputation au for externe. Cette imputation détermine le caractère public de l’état de vie créé par cet autre acte public, le remariage. Il s’agit d’un jugement objectif qui montre que cet état de vie met l’homme et la femme dans une situation d’infidélité et d’injustice vis-à-vis de Dieu qui s’est fait le garant du droit du premier mariage,
s’il a été validement conclu, et vis-à-vis des conjoints de l’une ou de l’autre personne ou des deux, avec lesquelles le lien demeure. Ce jugement objectif ne donne pas le droit du jugement au for interne, lequel appartient à la conscience personnelle. Dans quelle mesure y a-t-il, au for interne, un acte d’adultère ? L’homme et la femme sont « seuls devant Dieu » pour en juger10. Cependant, il ne suffit pas qu’il y ait un jugement de conscience au for interne pour déterminer que l’acte est objectivement bon et qu’il n’y a aucune faute, parce que personnellement on en a jugé ainsi. La conscience personnelle peut être erronée dans ses propres jugements et dans la volonté qu’elle détermine11.


« L'adultère n'est pas principalement
un péché sexuel mais une faute grave
contre la justice »

• L’adultère dont il s’agit, et qui entraîne la condamnation vigoureuse du Christ, n’est donc pas un simple acte de fornication. Ce n’est pas principalement un péché sexuel – un péché contre la chair – mais une faute grave contre la justice. D’une part, cette faute met en cause la véracité de l’acte divin dans son offre d’alliance avec l’homme lorsque, créant la femme comme aide assortie à l’humanité de l’homme, il leur enjoint, principalement à l’homme, de quitter père et mère et de s’attacher à sa femme (Gn 2, 24) et, lorsqu’il les bénit, leur donnant la mission qui doit s’accomplir par toute la terre (Gn 1,28). D’autre part, du point de vue de l’engagement matrimonial, elle est un reniement de la mutuelle parole donnée et qui engageait l’un et l’autre, l’époux et l’épouse, pour toujours. Une faute contre la justice possède beaucoup plus d’objectivité qu’une simple faute contre la chasteté, laquelle dépend beaucoup de l’état de l’affectivité. La faute contre la justice est objectivement une faute contre l’autre – l’Autre est Dieu, et le conjoint – et a toujours comme objet le Droit, lequel n’admet pas de plus ou de moins et qui ne dépend pas des motivations intérieures.


QUESTION 2 :

L’Église, qui décrète que les divorcés remariés ne peuvent être admis à la communion eucharistique, manque-t-elle à la miséricorde envers eux ? Si Jésus a pardonné à la femme adultère, pourquoi l’Église ne pardonnerait-elle pas aux divorcés remariés ? Elle semble ne pas tenir compte d’une théologie de l’échec, ni même d’une théologie de la biographie. Ne pose-t-elle pas sur eux un « joug trop lourd à porter » ? Et peut-être va-t-elle contre le sensus fidei du peuple de Dieu ?

Jésus a pardonné à la femme adultère (Jn 8, 2-11) et cet acte est considéré comme un acte de miséricorde. Soit ! Mais n’est-il que cela ? Nous ne connaissons rien, en lisant cette péricope12, de l’identité de cette femme. Pourquoi est-elle nommée adultère ? Elle est sans doute mariée, car autrement, il n’y aurait pas d’adultère, même si l’homme est marié. Et si elle est mariée, est-elle répudiée par son mari ? De toute façon, à son corps défendant, elle fait l’objet d’un complot qui consiste à prendre Jésus au piège : ou bien Il ne la condamne pas et Il n’obéit pas à la Loi de Moïse ; ou bien Il la condamne à mort et Il est contre la loi romaine qui, depuis l’année 30, défendait au Sanhédrin de mettre quelqu’un à mort (Jn 18, 31). Bref, les Juifs demandent à Jésus un jugement forensique et ils Le pensent incapable de poser un tel jugement sans se compromettre Lui-même. Ils demandent un jugement forensique, eh bien, ils l’auront ! Non seulement Jésus sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme (Lc 9, 47) mais Il connaît aussi très bien quelles sont les conditions et les circonstances dans lesquelles la répudiation faite par le mari, rend la femme rejetée adultère. Qui sait si ce n’est pas le mari lui-même qui a fomenté le complot ?13 « Toi, que dis-tu ? » La réponse vient immédiatement : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre. » Il ne s’agit pas d’interdire à tout magistrat, même pécheur, d’exercer sa fonction. Ici, aucun acte d’accusation n’est véritablement dressé.

Les témoins – au moins deux – selon la tradition judaïque (Cf Dn, 13) sont absents et surtout les motifs de l’accusation sont troubles. Il s’agit d’un piège et non d’un jugement. Les motifs des accusateurs ne visent pas la pureté de la loi, ni l’amendement de l’accusée. La femme qui est devant Lui apparaît plus victime que coupable. Que celui d’entre vous qui est sans péché... La phrase pointe la conscience et la responsabilité de l’homme, de tous les hommes qui, en raison de la dureté de leur cœur, ont perverti la loi de Dieu : « Tu ne commettras pas l’adultère ». Ils s’en vont, un à un, sans oser même se regarder l’un l’autre, en commençant par les plus vieux. La femme reste seule, au milieu, devant Jésus. Pourquoi n’est-elle pas partie, elle aussi ? A-t-elle conscience qu’Il est son seul recours ? Elle a raison : non seulement Il lui sauve la vie, mais Il la purifie. Un seul regard du Christ purifie l’âme jusqu’au fond d’elle-même, dira saint Augustin. Mais Jésus n’est ni complice, ni tolérant… Va, désormais, ne pèche plus !

Jésus n’est pas amené à juger une situation objective de péché, ni même à juger la loi de Moïse, Il est amené à juger une femme qui a probablement péché, mais dont la faute est en partie le fait de l’homme qui l’accuse. Certes, il fait miséricorde. Mais plus que cela, il rétablit la justice et met l’homme devant ses responsabilités : « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle » (Mt 5, 27). Dans une culture où même la loi établit que l’homme, seul, peut répudier sa femme, pour n’importe quel motif et ainsi rendre toute femme adultère, il y a une hypocrisie perverse à s’emparer d’une femme pour tendre un piège à Jésus, afin d’avoir matière à l’accuser. Une hypocrisie perverse, comme si lui-même, l’homme, n’était pas, en raison de son refus de la Parole de Dieu et de son endurcissement, cause de la situation qu’il reproche et dont pourtant il se délecte.

L’Église qui maintient que les divorcés remariés ne peuvent être admis à la communion eucharistique n’est-elle pas comme ces Pharisiens qui traduisent la femme adultère devant Jésus ? Pourquoi ne pardonne-t-elle pas, comme si ces époux avaient commis un péché tellement grave qu’il faille leur refuser tout accès à la vie sacramentelle ? Le canon 915 qui exclut les divorcés remariés en donne la raison : « Ils persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste. » Nous sommes ici devant une loi de l’Église que d’aucuns trouvent « trop dure » et surtout cause de scandale. Ce n’est pas la loi divine de l’indissolubilité du mariage qui est en cause, mais la discipline établie par l’Église – laquelle n’est pas de droit divin, mais de droit ecclésiastique – qui semble-t-il pose un jugement au for interne à propos d’une loi qui oblige au for externe.

En maintenant cette loi, l’Église paraît dire que tous les divorcés remariés vivent dans leur âme et conscience en état de péché grave dont ils ne peuvent ou ne veulent pas sortir. C’est pour cela qu’ils ne peuvent ni communier, ni recevoir l’absolution. Ce jugement, si elle le fait, est accusateur. A son tour, l’Église ne peut-elle pas être accusée, quant à elle, d’être indifférente aux difficultés réelles des chrétiens, de ne pas reconnaître les situations d’échec, les souffrances, de juger dans l’abstrait de situations personnelles sans tenir compte de l’histoire concrète des personnes, d’être sans miséricorde vis-à-vis de ces hommes et de ces femmes qui malgré tant d’épreuves ont réussi à « refaire une vie » où ils sont heureux ? Pourquoi les accabler avec un jugement si sévère ? Bref, de tenir un rôle d’accusateur public comme les Pharisiens qui amènent à Jésus la femme adultère.

On pourrait le dire si l’on fait l’impasse sur la vérité de la mission de l’Église.


« La mission de tout législateur
doit être accomplie en vue du bien commun »

Tout législateur qui, conscient de sa mission, édicte une loi, doit avoir comme finalité d’éclairer la raison, si ce n’est la conscience, afin qu’elle voie, plus clairement où est le droit, l’acte juste et celui qui n’est pas juste. Cette mission doit être accomplie en vue du Bien Commun de la société qu’il gouverne, d’une part, et d’autre part du bien des personnes, leur permettant une juste autonomie qui rend adéquate leur participation vertueuse au bien de la société.

En ce qui concerne le mariage, l’unique législateur est Dieu lui-même. C’est ce que Jésus rappelle aux Pharisiens qui l’interrogent sur la loi de Moïse. C’est Dieu qui fait appel à la sexualité de l’homme et de la femme et les convie à devenir une seule chair, non seulement pour une plus grande expression de tendresse et d’amour comme on pourrait le voir chez les animaux, mais comme partenaire de son Alliance. Cette Alliance, il l’offre à la personne, respectant ainsi sa propre dignité et l’élevant à devenir image et ressemblance de son Mystère. Cette Alliance, Dieu la renouvelle d’une manière encore plus admirable dans l’Incarnation du Fils et dans son Offrande victimale qui témoigne, en toute justice, de l’amour du Père pour les hommes et de son invitation au partage de son intimité trinitaire. Le sacrement qui rend toujours présent, pour nous les hommes et pour notre salut, cette offrande de toute l’humanité au Père, c’est l’Eucharistie. Ce sacrement est le mémorial de l’Alliance parfaite, celle de la Création et celle de la Rédemption, de toute l’humanité dans la personne du Christ.

Quel est le lien entre le sacrement de mariage et l’Eucharistie, mémorial du mystère de l’Alliance ?

Assemblée paroissiale

Le lien entre l’Eucharistie et le baptême est traditionnel dans l’Église. Chaque baptisé qui participe à l’Eucharistie y participe selon son sacerdoce. Lorsque le fidèle, fort de son caractère baptismal et chrismal, exerçant la fonction de son sacerdoce royal14, offre Jésus Christ avec le prêtre et communie à son Corps et à son Sang, il participe activement à ce Mémorial qui rend présent, dans l’actualité du temps et du lieu, l’Alliance parfaite du Père avec l’humanité15. Il l’accepte totalement, il en vit intimement, il s’en nourrit totalement. Il en devient le signe vivant, la pierre vivante quand, en réponse à l’offre divine, il fait de sa vie une communion vivante à ce Sacrifice offert et donné. À chaque messe, cette participation au sacrifice est réactualisée par la communion, non seulement spirituelle mais réelle, à la victime offerte, comme le réalisaient symboliquement dans tout l’Ancien Testament les sacrifices de communion qui sont des sacrifices d’alliance16. Manger sa chair et boire son sang, ce n’est pas un geste symbolique. C’est non seulement accepter l’Alliance offerte par Dieu, mais y participer activement par la consécration de sa vie.

Dans l’Église, les deux sacrements qui consacrent un changement d’état de vie sont l’Ordre et le Mariage. L’Ordre fait des laïcs chrétiens des ministres du Seigneur. Le Mariage fait de l’homme et de la femme les partenaires de Dieu dans l’édification d’une humanité « sponsalement » soumise au don du Père, par le Christ. Le mariage édifie l’Église comme corps du Christ, il rend concrète et vivante sa vérité d’Épouse17. Dans le prolongement du mariage, la vie consacrée a le même rôle sponsal, tout en le projetant dans sa réalisation eschatologique déjà commencée sans être encore parfaitement atteinte.

Le sacrement de mariage n’est pas qu’une bénédiction donnée à un geste humain dont la fonction serait de purifier un amour, de le consacrer et de le gratifier d’une protection spéciale de Dieu. Il n’est pas une permission morale pour l’exercice d’actes sexuels complets, ni une assurance d’un bonheur paisible et réconfortant, ni une promesse de jours heureux, une fécondité qui prolonge les vies, des enfants qui honorent les parents et font la joie de leur vieillesse . Il n’est pas qu’un appui moral pour franchir les étapes difficiles de la vie en se ménageant une part de joie et de tendresse grâce à une sexualité devenue plus humaine et plus sanctifiante. Bien sûr, le mariage peut apporter cela et les époux tendent à ces biens-là. Autrement, à quoi bon se marier ! Cependant, l’amour humain seul, quelle que soit sa réussite, n’apportera jamais ce que donne le sacrement de mariage.


« Le sacrement de mariage consacre les époux
à devenir eux-mêmes le signe réel
de ce grand Mystère qu'est l'Appel de Dieu »

Le sacrement de mariage consacre les époux à devenir en eux-mêmes et pour toute l’Église le signe réel, charnel, vivant, de ce grand Mystère, qu’est l’Appel de Dieu à l’aube de la Création, et la Réponse plénière de cet Appel dans le Christ offert et ressuscité. Cette consécration se vit tous les jours, dans la vie quotidienne des époux. Mais elle prend forme et réalité sacrificielle dans sa participation à l’Eucharistie. C’est là qu’elle atteint la plénitude de son Mystère, par l’exercice du sacerdoce royal du baptisé qui offre le sacrifice de l’Agneau et par la communion eucharistique où se consomme l’offrande de chacun, selon son état de vie.

Alors qu’en est-il des divorcés remariés ? Ce n’est pas tout de dire qu’ils ne sont pas excommuniés. Au contraire, à titre de baptisés, ils font toujours partie de la communauté sacerdotale. En raison de leur caractère baptismal et chrismal, ils exercent leur fonction sacerdotale dans l’Assemblée eucharistique. Eux aussi offrent le sacrifice de l’Agneau. Mais ils se sont empêchés eux-mêmes d’y participer en plénitude. Ils offrent le sacrifice mais ne peuvent pas participer à sa manducation. Ils peuvent offrir leur vie personnelle, non leur état de vie. Ils ne peuvent pas communier, car leur médiation sacerdotale est tronquée, amputée, brisée, par un état de vie qu’ils ont choisi et qui constitue, face à Dieu, un rejet de la plénitude de son Alliance. Ils sont « adultères » non dans le sens d’une dégradation sexuelle, mais parce que leur état de vie les rend incapables de participer complètement à la Justice divine qui ne peut se vivre que dans la radicalisation de son mystère sponsal. Ce mystère sponsal, pour les divorcés-remariés, est embué par ce second mariage qui n’efface pas le premier, ne l’invalide pas, mais l’empêche de donner ses fruits. On ne peut offrir sa vie à Dieu, selon son état de vie, si ce dernier ne peut être consacré parce qu’il est une négation de la Vérité de l’Époux.


« En raison de leur caractère baptismal
et chrismal, les divorcés remariés
peuvent offrir le Christ »

L’Église maintient cette discipline parce qu’elle est gardienne de l’entière intégrité des mystères sacramentels. Il est injuste de dire qu’en vertu d’une discipline qu'elle ne peut pas changer sans altérer la vérité de l’indissolubilité du mariage et la vérité de la communion eucharistique, elle manque à la miséricorde. En fait, on ne songe pas assez que cette discipline est le premier acte de miséricorde vis-à-vis des divorcés remariés. En leur disant que leur acte volontaire leur fera perdre le recours à la vie sacramentelle et surtout en leur montrant les conséquences importantes de cette perte, l’Église éclaire les consciences des fruits d’une décision.

Ne plus pouvoir communier et même ne plus pouvoir avoir recours au sacrement de la Réconciliation, cela peut être estimé comme un grand mal qui fait réfléchir. L’Église prévient, elle ne prend pas la décision à la place des intéressés. De plus, si l’on prenait la peine ou si l’on avait l’honnêteté de lire à fond ce que saint Jean-Paul II dit sur le sujet dans Familiaris Consortio (n° 84), on pourrait constater avec quelle délicatesse et quel souci pastoral il traite de cette question, demandant à tout pasteur d’avoir le discernement nécessaire pour aider, soutenir ces personnes et leur apporter les moyens nécessaires à la poursuite de leur vie chrétienne qui reste ordonnée à la sainteté.

(Cette chronique, Questions temporelles, Réponses éternelles, aura une suite à la prochaine Newsletter)


Aline Lizotte




1 - Pour un exposé plus détaillé, voir John P. Meir, Un certain juif, Jésus, Les données de l’histoire, vol.4, La Loi et l’amour, traduction française, Cerf, Paris, 2009, p. 84 et suivantes. On peut aussi compléter son étude par Raymond F. Collins, Divorce in the New Testament, Good News Studies 38, Collegeville MN, Liturgical Press, 1992.

2 - Les récits de controverse sont dans la Bible un genre littéraire. Qu’un écrivain l’emploie pour mieux rendre compte des aspérités que peut contenir le message qu’il veut communiquer et mieux faire voir le contexte social dans lequel ce message a été délivré, ne signifie pas qu’il ne correspond à aucune réalité historique. C’est là l’objet de l’étude que fait Meir à propos de la condamnation du divorce par Jésus en portant son attention principale sur Marc 10, 1-12.

3 - Meir, op.cit.p. 381.

4 - Vers le tournant du 1er siècle, tous les maîtres juifs depuis le pharisien Hillel, le Maître de Justice du Qumran, le Nazaréen Jésus, exprimaient ainsi leurs opinions juridiques sur la manière de connaître et d’agir en vue de respecter les volontés de Dieu à partir de ce que la Loi disait de Lui. Le mot halaka (marcher, aller, venir) désigne ce comportement des maîtres de la Loi, des Rabbi. Le sens technique du mot n’a été attesté que 200 ans plus tard, par la Mishna.

5 - Elle est probablement due à la rédaction de Marc qui, écrivant en milieu romain, applique un enseignement de Jésus pour l’un et l’autre conjoint.

6 - Le verbe kollaô, littéralement coller, exprime de façon imagée le lien le plus intime qui soit.

7 - Cela n’exclut pas la possibilité de dissoudre un mariage conclu mais qui n’a pas été parachevé dans sa consommation, ou de dissoudre un mariage non-sacramentel (naturel) au bénéfice d'un nouveau mariage en faveur de la foi. Ce pouvoir ministériel est exercé comme un ministère apostolique au service de la foi (cf. cann. 1142-1150). Cf Albert Chapelle, S.J., Sexualité et Sainteté, Institut d’Études Théologiques, Bruxelles, 1976.

8 - Henri Crouzel, L’Église primitive face au divorce, Coll. Théologie historique, Beauchesne, Paris 1970.

9 - CIC, 1152-1153.

10 - Cf Gaudium et Spes, nos 16-17.

11 - Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre aux évêques de l'Église catholique sur l'accès à la communion eucharistique de la part des fidèles divorcés-remariés, 14 septembre, 1994.

12 - La grande partie des exégètes doute que cette péricope appartienne à Jean ; elle refléterait plus un style lucanien.

13 - Cf Raymond Brown, The Gospel according to John, I-XII, p.338.

14 - Qui reste spécifiquement différent du sacerdoce ministériel.

15 - Cf Lionel Audet, Notre Participation au Sacerdoce du Christ, Étude sur le caractère sacramentel, Laval Théologique et Philosophique, v.1,n°1,1945.

16 - Cf Ex 24, 5-10 : « Puis il envoya de jeunes Israélites offrir des holocaustes et immoler à Yahvé de jeunes taureaux en sacrifice de communion. Moïse prit la moitié du sang et la mit dans des bassins, et l'autre moitié du sang, il la répandit sur l'autel. Il prit le livre de l'Alliance et il en fit la lecture au peuple qui déclara : "Tout ce que Yahvé a dit, nous le ferons et nous y obéirons." Moïse, ayant pris le sang, le répandit sur le peuple et dit : "Ceci est le sang de l'Alliance que Yahvé a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses." Moïse monta, ainsi qu'Aaron, Nadab, Abihu et 70 des anciens d'Israël. Ils virent le Dieu d'Israël. Sous ses pieds il y avait comme un pavement de saphir, aussi pur que le ciel même. Il ne porta pas la main sur les notables des Israélites. Ils contemplèrent Dieu puis ils mangèrent et burent ».

17 - On ne peut que conseiller à chaque lecteur la lecture du livre du Cardinal Ouellet, Mystère et sacrement de l’amour, Cerf, 2014, qui montre bien le lien entre le mystère eucharistique et le mystère du mariage et qui constitue, de ce fait, une réponse adéquate à toutes les difficultés que soulèvent aujourd’hui les opinions divergentes sur la discipline de l’Église au sujet des divorcés-ramariés et bien d’autres difficultés.