Péché et structure de péché titre La Newsletter
Éditée le
2 février 2015
Péché et
structure de péché
Vitrail du péché originel de la cathédrale de Carcassonne

Qu’est-ce qu’une structure de péché ? Le terme assez inusité pourrait correspondre à ce que les lineamenta 1 appellent « situation objective de péché 2 ». Les deux éléments ne se recouvrent pas complètement et, de ce fait, ne se correspondent pas tout à fait.



Structure de péché

Lettrine

e mot a été employé de façon claire par Jean Paul II lorsque, dans ses catéchèses sur la théologie du corps, il commente le sermon sur la montagne où il est dit : « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur l’adultère avec elle » (Mt 5, 28). À l’objection que soulèvent les pharisiens (Dt 24, 1-4) : « Moïse a permis de rédiger un acte de divorce et de répudier » (Mc 10, 4), Jésus répond : « C’est en raison de la dureté de votre cœur qu’il a écrit pour vous cette prescription » (v.6).

Loin de voir dans cette réponse du Christ un acte de condescendance de la miséricorde divine, Jean Paul II, après avoir fait une brève esquisse de l’évolution du droit matrimonial de l’Ancien Testament et souligné que son histoire est « le théâtre d’une défection systématique de la monogamie3 », ajoute que cette interprétation humaine de la Loi a effacé et a fait disparaître « la juste signification du bien et du mal spécifiquement voulue par le Législateur divin4 ». La permission de répudier sa femme, formulée selon l’interprétation humaine de la Torah, dans les cadres précis et détaillés du droit positif matrimonial, est qualifiée de structure de péché : « On peut dire que ce droit tout en condamnant le péché5, protégeait en même temps, en les légalisant, les structures sociales du péché. Dans ces conditions, s’imposait la nécessité d’une réévaluation fondamentale de la signification éthique essentielle du commandement : Tu ne commettras pas l’adultère 6.


« Du fait des contextes sociaux dans lesquels ils baignent
depuis leur enfance, les hommes se trouvent
souvent détournés du bien et portés au mal »

À bien des reprises dans les documents de son pontificat, Jean Paul II a fait référence à des structures sociales de péché. Il en a parlé d’une façon claire dans l’encyclique Sollicitudo Rei Socialis 7. Il l’a analysé en profondeur dans l’exhortation apostolique post-synodale, Reconciliatio et Pænitentia 8 où il enseigne que les mots péchés sociaux, péchés collectifs, péché de classe doivent finalement se référer à une accumulation de péchés « personnels », bien qu’à la longue, cela entraîne des « faits de sociétés » qui possèdent une structure anonyme, tout en créant de véritables dispositions aux péchés personnels. Le sens premier de ce nouveau concept « structure de péché », se trouve, cependant, dans Gaudium et Spes.

Mais si les personnes humaines reçoivent beaucoup de la vie sociale pour l’accomplissement de leur vocation, même religieuse, on ne peut cependant pas nier que les hommes, du fait des contextes sociaux dans lesquels ils vivent et baignent dès leur enfance, se trouvent souvent détournés du bien et portés au mal. Certes, les désordres, si souvent rencontrés dans l’ordre social, proviennent en partie des tensions existant au sein des structures économiques, politiques et sociales. Mais, plus radicalement, ils proviennent de l’orgueil et de l’égoïsme des hommes, qui pervertissent aussi le climat social. Là où l’ordre des choses a été vicié par les suites du péché, l’homme, déjà enclin au mal par naissance, éprouve de nouvelles incitations qui le poussent à pécher : sans efforts acharnés, sans l’aide de la grâce, il ne saurait les vaincre 9.


Jésus et la condamnation du divorce

Si l’on s’en reporte à l’Évangile, le divorce en vue d’un remariage est , dans le sermon sur la montagne, radicalement condamné par Jésus : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne commettras pas l’adultère. Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle Mt 5, 27 » et ce texte est suivi de la condamnation de la répudiation :

« Il a été dit d’autre part : Quiconque répudiera sa femme, qu’il lui remette un acte de divorce. Eh bien ! moi je vous dis : Tout homme qui répudie sa femme, hormis le cas de "prostitution"10, l’expose à l’adultère ; Jésus avec les Pharisienset quiconque épouse une répudiée, commet un adultère »(v.31). Cette interdiction du divorce se précise dans les récits des synoptiques, qu’il s’agisse de Mc 10, 2-12, de Mt 19, 3-9 ou de Lc 16, 18. Dans tous ces textes, nous retenons qu’il ne s’agit pas seulement de l’adultère, mais de la répudiation du conjoint – Marc est le seul à souligner que le fait concerne aussi bien le mari que la femme – en vue d’en épouser un autre.

Dans le contexte du droit matrimonial de l’Ancien Testament, selon le judaïsme majoritaire du 1er siècle : est adultère non pas l’homme qui s’unit à une autre femme que la sienne, par exemple à une concubine, mais celui qui prend la femme d’un autre homme. Ce qui est condamné, c’est la violation du droit matrimonial, plus exactement la violation du droit matrimonial de l’homme11, et non la polygynie en tant que telle. La condamnation de l’adultère par Jésus est d’une autre exigence : elle s’étend à toute femme qui est désirée uniquement en vue d’une satisfaction dictée par la seule concupiscence et même, dirait Jean Paul II, à sa propre femme12.

Cela étant dit, l’adultère dont il est parlé dans les textes des évangiles qui condamnent non seulement le désordre moral de la concupiscence, mais celui d’une répudiation en vue d’un mariage, désigne bien un état de fait juridique et non seulement un désir désordonné de l’homme intérieur. Ce qui est clairement condamné, c’est l’acte juridique de répudier sa femme ou vice versa – dans Marc – en vue d’en épouser une autre. Dans cette condamnation, le Maître réévalue le droit matrimonial lui-même et ne tient pas compte du motif de cette répudiation. Et il valait mieux ! Car la riposte des pharisiens est toute proche : se référant au Deutéronome 24, 1, ils opposent à un enseignement dont, tout probablement ils en connaissaient le contenu, la loi, la Torah, qui permet à l’homme marié et qui a consommé son mariage, de répudier sa femme pour quelque motif que ce soit : « Il a découvert une tare à lui imputer ». La question que les pharisiens posent à Jésus concerne la nature de la lettre de répudiation, question abondamment discutée entre les différentes écoles rabbiniques. Jésus ne répond pas à cette question. Il dénonce la « dureté du cœur » de ces autorités si savantes dans l’interprétation de la Torah, en leur reprochant de se fermer obstinément à la vérité de la Parole de Dieu, que pourtant ils connaissent. Se référant à la fois à Gn 1, 27 : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » et à Gn 2, 24 : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair », Jésus rappelle cette vérité des origines : « Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer » (Mc 10, 7-9 ; Mt 19, 6).


« Toute alliance entre l'homme et la femme
appartient de droit à Dieu car c'est en elle
que le Père offre éternellement son amitié à la race humaine »

Ce que Dieu a uni : l’homme et la femme pour que, « devenant une seule chair », ils se voient confier le gouvernement de la Terre (Gn1, 28) mais encore plus, le don de la vie (Gn 9, 6)13 qui ne signifie pas uniquement la copulation sexuelle. Ces mots désignent la Parole même de Dieu qui, dans et par l’union qu’Il crée entre l’homme et la femme, les rendant époux et épouse, « uns dans une seule chair », ils soient éternellement participants de l’Alliance entre Lui et toute la Création. Répondant à cette Alliance par une parole de don réciproque , l’homme et la femme deviennent témoins de cette Parole divine. Toute alliance entre l’homme et la femme appartient donc de droit à Dieu, car c’est en elle que le Père a offert éternellement son amitié à la race humaine. Rendre caduque cette parole donnée, c’est mépriser la Parole Créatrice de Dieu qui confie l’univers à l’Alliance qu’Il crée Lui-même entre l’homme et la femme. Seul Dieu pourrait séparer ce qu’Il a uni, c’est-à-dire mutiler la signification de l’alliance matrimoniale qu’Il a voulue à l’Origine, monogamique et indissoluble, témoin efficace de son Alliance éternelle.

On peut mieux comprendre la réaction de Jésus, mais aussi la réaction de ceux qui L’écoutent, et en premier ses propres disciples. Car dans n’importe quelle civilisation sous toute latitude explorée, le divorce est un droit reconnu et appliqué comme une mesure normale de régulation des mœurs. La plupart du temps, ce droit de répudiation n’appartient qu’à l’homme, sauf pour le droit romain qui donnait aussi à la femme la possibilité du divorce14. Mais en Israël, il y a plus : la procédure du divorce inclut la lettre de répudiation demandée par la Torah et par laquelle le mari répudie sa femme. Un pieux Israélite qui s’acquitte de cette obligation consciencieusement et de bonne foi croit qu’il observe ainsi la Loi.

En interdisant complètement le divorce, Jésus ose interdire ce qu’autorise la Loi – et non pas pour quelque observance mineure, mais s’agissant de l’une des institutions légales majeures dans cette société. Il ose affirmer qu’un homme qui suit fidèlement la Loi en faisant ce qu’il faut quand il répudie sa femme et se remarie commet en réalité un adultère. Quand on prend la peine de réfléchir à ce que l’interdiction du divorce par Jésus implique, cela est confondant. Jésus a l’audace d’enseigner que ce qu’autorise et organise la Loi est, en fait, le péché d’adultère. Ce qui revient à dire qu’en suivant consciencieusement les règles qu’indique la Torah pour le divorce et le remariage, un homme juif commet un péché grave contre un des commandements du Décalogue, le commandement qui prohibe l’adultère (Ex 20, 14 ; Dt 5, 18). Ce n’est pas une petite affaire ! Au moins, selon le Pentateuque, c’est un délit capital. Ici comme nulle part ailleurs dans son enseignement halakhique – l’interdiction de prononcer des serments étant le seul autre exemple – Jésus le Juif est en conflit avec la Torah de Moïse telle qu’on la comprenait et qu’on la pratiquait dans le judaïsme majoritaire, avant, pendant et après son temps15.

C’est ainsi que le droit positif de l’Ancien Testament créait contre Dieu une situation de péché, en permettant à l’homme de répudier sa femme pour en épouser une autre. Il se donnait le droit de séparer ce que Dieu a uni, c’est à dire d’en altérer sa nature.

Mariage de marie et Joseph

Au delà des Origines, l’amour sponsal du Christ

Il y a plus. Entre les baptisés, le lien matrimonial est un sacrement. L’indissolubilité du mariage qui appartenait de droit naturel au mariage des origines acquiert, dans le mariage sacramentel, une force et une fermeté plus absolues. L’indissolubilité du mariage sacramentel s’appuie sur une autre Parole, celle du Père qui renouvelle son Alliance avec l’humanité en la Personne de son Fils, donné à l’Église (donc à l’humanité) non seulement comme Sauveur, mais encore comme Époux (Ep, 5,26-32)16. Dire que Jésus a été donné à l’Église comme Époux, ce n’est pas seulement proclamer l’œuvre rédemptrice du Sauveur. Le Père a voulu plus, il a voulu nous remettre dans les conditions d’une Nouvelle Alliance c’est-à-dire dans l’« égalité d’amour » que seul l’amour sponsal peut évoquer. Être époux et épouse, c’est être « égaux » dans l’amour de don17.


« En donnant Jésus à l'Église comme époux, le Père
a voulu nous remettre dans les conditions d'une Nouvelle Alliance
que seul l'amour sponsal peut évoquer »

Certes, l’homme ne peut pas aimer Dieu de la façon dont Dieu aime, Lui qui aime d’un amour infini. Mais l’homme peut imiter Dieu dans sa manière d’aimer. L’homme est invité à un amour de Dieu dans le don total de lui-même, il est invité à l’aimer de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces. Il est invité à un don absolu de lui-même envers le Père. En ce sens il est invité à avoir, lui aussi, un amour sponsal. Et cet amour lui est possible grâce à cette Parole par laquelle Dieu donne son Fils comme Époux à l’humanité. C’est par cette nouvelle Parole de l’Alliance que le Père en unissant l’homme et la femme pour qu’ils deviennent « une seule chair » fondent le mariage humain sur le don du Christ à l’Église, comme don de l’Époux à l’Épouse.

Élever la nature humaine à une telle grandeur, élever le mariage naturel à un tel mystère, ne peut être le fait de l’homme. Il faut l’élévation de la grâce, principalement de la charité théologale, laquelle seule peut prétendre à l’amitié avec Dieu18. En s’unissant sacramentellement, l’homme et la femme ne se promettent pas uniquement un amour humain fondé sur l’amitié, la réciprocité sexuelle, la fidélité et même l’indissolubilité. Ils acceptent dans la parole, par laquelle ils se donnent l’un à l’autre pour toujours, d’être pour toute l’humanité le signe sensible de l’Amour par lequel le Père, dans le Fils, aime l’humanité jusqu’à lui donner non seulement son Fils comme Sauveur, mais aussi comme Époux. Dieu devient donc le garant de la fidélité et de l’indissolubilité du mariage qui, plus encore que les épousailles des origines, ne peut être dissous d’un vouloir simplement humain.


Structure sociale

S’il peut exister des structures de péché, c’est que dans une société donnée il existe des structures, comme il existe diverses sortes de groupes, des modèles, des institutions, des organisations, des systèmes et des régimes économiques, et des structures sociales. La vie sociale découle de la dynamique qui existe entre les groupes, dont le premier est la famille, les classes sociales, les modèles de comportement, les organismes et les institutions19.

Les classes sociales sont créatrices de modèles de comportement, responsables de l’exécution des normes de moralité, des prescriptions du droit, de modes intellectuelles, artistiques et idéologiques. N’ayant plus de fonctions propres dans les sociétés industrialisées, elles y jouent néanmoins un « rôle de tout premier plan dans la hiérarchie des œuvres et des actes sociaux qui apportent des satisfactions aux besoins fondamentaux des hommes : besoin de sécurité, besoin d’estime, de reconnaissance, de récompense20. Ce qui remplace, aujourd’hui, le rôle prépondérant des classes sociales, c’est la structure sociale qui pénètre les institutions et les organismes.

L’« institution » est la hiérarchie des groupements fonctionnels les plus importants d’une société. Tels sont l’État, l’Armée, l’Église, auxquels maintenant il faut ajouter l’Entreprise. Regardons l’État et la hiérarchie de ses fonctions, partant du maire et de son conseil jusqu’aux plus hautes fonctions de l’Administration publique. Il en est de même des administrations religieuses, du baptisé jusqu’aux curies épiscopale et romaine pour ce qui est de l’Église catholique, du Juif au Grand Rabbin, du musulman à l’Imam.

Ces grandes structures hiérarchiques sont traversées par les groupes puissants que sont les « Organisations » où « des conduites collectives préétablies sont aménagées, hiérarchisées, centralisées d’après certains modèles réfléchis et fixés d’avance dans des schémas plus ou moins rigides, formulés par des statuts21. Tels sont les partis politiques, les syndicats, les grands groupes de pressions, les associations patronales, les associations de citoyens, les associations professionnelles, les Grandes et Petites Écoles, les sociétés de Pensée, les Médias, etc. Ces associations constituent autant de paliers partiels de la réalité sociale. Elles permettent la satisfaction des besoins primaires et secondaires de l’individu. Si la famille nourrit et élève l’enfant, c’est l’École qui l’instruit, les corps de métiers ou les professions qui l’accueillent dans son travail, les diverses formes de protection économique qui pourvoient à sa sécurité financière, etc. Mais ce sont aussi les sociétés de loisirs qui lui donnent le « luxe » de la détente comme ce sont les divers groupes sociétaux qui canalisent son altruisme, son besoin d’estime, ses besoins religieux, etc. Ces organisations sont cependant limitées par leur propre structure. Elles défendent l’intérêt de leurs membres et engendrent ainsi une forme de combativité au niveau social permettant, dans une société fortement hiérarchisée comme le sont les sociétés modernes, de combattre la passivité des citoyens. Elles constituent ainsi un élément important dans la dynamique des changements sociaux. En cas de prise du pouvoir par un régime totalitaire, les Organisations sont souvent les premières atteintes et celles que l’on veut voir disparaître.

La structure sociale constitue l’autre élément de la dynamique sociale. Différente de l’organisation, elle en est, pour une part, l’un des éléments porteurs : la consistance de l’acte social. La structure sociale impose des manières de faire ou d’agir, des modes de pensée, des valeurs, des modèles de comportement, des distributions des rôles, des habitudes ; elle crée entre les multiples relations sociales, entre les divers paliers hiérarchisés de ces relations, une sorte de nexus qui permet de se reconnaître dans une manière de vivre ensemble, dans une manière de penser, dans une façon d’agir, dans ses valeurs, dans une forme de convivialité. Tributaire en partie des phénomènes sociaux globaux qui se manifestent dans les périodes de crises aiguës, comme les troubles révolutionnaires, les fanatismes, les indignations populaires, ou dans des périodes dépressives (le « ras le bol » général), ou dans des périodes d’angoisse et de crainte, etc, elle permet, jusqu’à un certain point, d’en contenir les pics de violence ou de dépression. Les structures sociales sont souvent mobiles, elles forment des groupes distants, mais ouverts – à la différence des classes sociales – elles se laissent pénétrer par les sociétés globales, mais ne leur permet pas de l’absorber. Elles sont en fait les responsables des changements ou des stabilisations des phénomènes sociaux et tentent d’apporter une certaine cohérence entre les différents paliers sociaux.


« Nos société modernes ont une structure sociale très globale
qui s'appuient sur leur législation et les valeurs
auxquelles la majorité des citoyens attachent de l'importance »

En fait, les structures sociales ne s’observent jamais directement, elles ne se voient nulle part mais sont présentes partout. Les structures sociales sont globales ou particulières. Nos sociétés modernes ont une structure sociale très globale qui s’appuie sur leur législation et sur les valeurs auxquelles les majorités de citoyens attachent de l’importance. Mais coexistent en elles des structures particulières. En France, ce que l’on appelle la Droite et la Gauche forment deux structures sociales particulières. Dans une société sociale globale, la structure sociale imprègne les diverses œuvres sociales : le droit civil et pénal22, un certain nombre de modèles sociaux, Livres de codes du droit françaisla distribution des rôles (époux, épouse, père, mère, professeurs, étudiants, patrons, salariés, professionnels, etc.) et tous les organismes intermédiaires. Les structures sociales globales et particulières imprègnent les sous-groupes, famille, organisation syndicale et professionnelle, organismes éducatifs, etc. Elles donnent, le « ton » et le « rythme social » ; elles préservent les acquis, charrient les idées, dictent les valeurs collectives, tentent de stabiliser les institutions et de maîtriser les phénomènes sociaux.

Les structures sociales s’engendrent des groupes sociaux dont les manières de faire, les modèles sociaux, les valeurs et les idées se propagent peu à peu par différents mécanismes comme l’imitation (Tarde), la contrainte (Durkheim) l’habitude (Bourdieux), les systèmes de la relation sociale elle-même (Parsons & Shills) et l’essaimage culturel (Weber). Elles se constituent en réseaux pour arriver à se cristalliser par le Droit. A notre époque, on peut voir, par exemple, le groupe diffus et ouvert que sont les homosexuels tenter d’accéder au niveau d’une structure sociale partielle. Cette tentative a réussi à se concrétiser par le Droit (pacs et mariage pour tous), à diffuser ses valeurs (l’homosexualité seule garantit la vraie liberté et l’égalité), à légitimer ses revendications juridiques (droit au mariage, droit au divorce, droit aux PMA), à imposer une nouvelle détermination des rôles (parent n°1, parent n°2) en vue de se cristalliser comme une nouvelle structure sociétale dans une opposition radicale à une autre structure communément admise : celle de l’hétérosexualité désormais définie comme dominante, oppressive et dictatoriale.


Structure économique et structure de péché

Une structure sociale sans être neutre est un élément essentiel à la construction d’une société. Tout dépend de ce que les hommes en font et ce qu’ils en font dépend de leurs motivations. Il n’est pas nécessaire de connaître toutes les théories psycho-sociales des motivations pour savoir pertinemment qu’une relation à l’autre peut n’avoir comme unique orientation que la satisfaction des besoins fondamentaux de l’organisme psychique. Elle peut assujettir l’autre, le condamner à devenir objet de jouissance (égoïsme), elle peut servir à le dominer (orgueil), assouvir un désir de vengeance (colère), satisfaire un désir de possession (avarice).

Jean-Paul II, dans Sollicitudo rei Socialis et, à sa manière, le Pape François, dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium (chapitre II), analysent la structure sociale de l’économie de marché telle qu’elle conditionne, aujourd’hui, l’activité humaine de la production des biens de consommation. Sans la condamner, ils la nomment structure de péché. Toute l’analyse que fait l’encyclique de Jean-Paul II peut être résumée dans ce passage ci :

Toutefois, il est nécessaire de dénoncer l’existence de mécanismes économiques, financiers et sociaux qui, bien que menés par la volonté des hommes, fonctionnent souvent d’une manière quasi automatique, rendant plus rigides les situations de richesse des uns et de pauvreté des autres. Ces mécanismes, manœuvrés – d’une façon directe ou indirecte – par des pays plus développés, favorisent par leur fonctionnement même les intérêts de ceux qui les manœuvrent, mais ils finissent par étouffer ou conditionner les économies des pays moins développés23.


« Dire que la structure sociale de l'économie
est devenue structure de péché, c’est dénoncer la manière
dont les hommes s’en servent pour créer des situations d’injustice »

Dire que cette structure sociale de l’économie est devenue une structure de péché, ce n’est pas rejeter l’économie de marché et son fondement, l’offre et la demande. C’est dénoncer la manière dont les hommes s’en servent pour créer des situations d’injustice. Car cette structure porte l’homme économique à une telle avarice24 que pour lui, l’injustice dans la distribution des biens matériels devait la loi normale de son comportement25. Elle crée des exclus, les pauvres.


Structure sociale de la famille et structure de péché

Mais il n’y a pas que la structure sociale économique qui, à l’heure actuelle, tend à se cristalliser en une structure de péché. Il y a aussi la structure de la relation matrimoniale et de la famille. Depuis la commercialisation de la pilule Pincus 1956, nous assistons à une dégradation de la structure familiale. Tout l’exposé de la 1ère partie des lineamenta le montre avec précision : familles brisées et recomposées, union de fait de plus en plus répandue, concubinage accru, hausse des divorces, recomposition des mariages. Tous ces maux, nous les connaissons. Ces diverses situations sont autant de situations objectives de péché et même des structures sociales de péché.

Par les mots « situations objectives », il faut entendre une situation de fait qui affaiblit la volonté et la porte à céder à la tentation d’un acte contraire à la volonté de Dieu. Quelqu’un qui prend l’habitude de regarder des images « porno » sur internet ou autrement se met dans une situation objective de péché, laquelle se traduit fréquemment par un acte de masturbation. Mais, à moins de considérer Internet comme une structure de péché, nous ne pouvons pas dire qu’il y ait là structure sociale de péché, bien qu’il en établisse souvent les bases, non en tant que système technique de communication, mais selon ses contenus qui dépendent de ceux qui les mettent et de ceux qui les utilisent.

Proclamation de la constitution

Par contre, depuis la Première Assemblée, dite Constituante (1791), les lois sur le mariage civil, assorties de la loi du divorce et renforcées au cours des années par : la loi Neuwirth de 1967 qui dépénalise la contraception ; la loi Veil 17 janvier 1975 qui dépénalise l’avortement ; les lois du 3 janvier 1972 et 11 juillet 1975 qui décident de l’égalité des enfants naturels et légitimes et qui dépénalisent l’adultère ; le Pacte Civil de Solidarité (le 15 novembre 1999), et finalement la loi Taubira de mai 2013 qui ouvre le mariage et l’adoption aux personnes du même sexe ; toutes ces mesures législatives ont cristallisé une structure sociale qui sécularise radicalement le mariage et la famille. L’union de fait, l’union concubinaire, le divorce et le remariage, la contraception, l’adultère, l’union homosexuelle, sont devenus de simples faits de société, faits anonymes qui sont marqués par cette seule valeur : exprimer le libre choix des individus afin de n’être contraints en rien en ce qui touche la sexualité et la possibilité qu’elle porte, l’enfant. Si le mariage civil conserve encore quelques valeurs issues d’une morale chrétienne, la fidélité conjugale et l’unicité, il a perdu l’une des principales : l’indissolubilité.

Dire que cette structure sociale de la famille et de l’usage de la sexualité est devenu, dans nos sociétés modernes, une structure de péché, n’impute pas directement un péché personnel à tous ceux qui s’en réclament pour des raisons quelquefois justes, quelquefois douteuses. Nous sommes tous pécheurs ! Mais ce n’est pas la société qui nous rend pécheurs, c’est notre propre faiblesse et nos égoïsmes. Cependant, nos égoïsmes personnels peuvent trouver des complices dans des structures sociales qui inclinent et disposent à pécher, sans même que nous nous apercevions de leur influence. Comme le dit Gaudium et Spes, « là où l’ordre des choses a été vicié par les suites du péché, l’homme, déjà enclin au mal par naissance, éprouve de nouvelles incitations qui le poussent à pécher : sans efforts acharnés, sans l’aide de la grâce, il ne saurait les vaincre. »26


Sécularisation et péché

Les baptisés, lorsqu’ils s’unissent pour devenir une seule chair – more uxorio – en dehors du seul lieu possible qui convienne à leur dignité - le sacrement de mariage -, rejettent objectivement cette Parole par laquelle Dieu offre son Alliance à l’humanité dans l’acte créateur et qu’Il reprend dans l’offrande absolue du Christ immolé. L’union, s’il s’agit d’un mariage naturel, peut conserver quelque chose des Origines, c’est-à-dire de la Parole Créatrice dans laquelle Dieu donne à l’homme le gouvernement de la terre et le don de la vie. Mais ce mariage n’établit pas le chrétien dans le mystère du don du Christ comme Époux. Ces baptisés s’établissent dans une situation objective de péché quelles que soient les façons dont ils décident de vivre – more uxorio – que ce soit selon une situation de fait, une situation de concubinage, une situation de pacs, ou de simple mariage civil.

Sans doute, il y a des degrés de gravité juridique dans ces situations : une situation de fait se défait par la seule volonté des participants, une situation de concubinage ou de mariage civil se corrige par un mariage sacramentel, s’il est possible. Mais une situation de divorcés remariés se corrigent difficilement car le remariage rend cette situation quasi irréversible.

Cependant il y a plus : cette situation objective de péché n’est pas semblable à l’occasion de péché qui affaiblit la volonté. Quand les baptisés demandent à l’État d’assurer la légitimité de leur union par un mariage ou de la protéger par une entente économique, ils font plus que se mettre en état de situation objective de péché. Ils adhèrent consciemment à cette structure de péché qui, depuis l’ère moderne, tente de créer des orientations axiologiques, des faits de société, des relations conjugales et parentales, des modèles de comportements, des organisations qui établissent le mariage et la famille en dehors des Lois données par le Créateur Lui-même et, pour les sociétés qui autrefois étaient chrétiennes, en dehors du mystère de la Nouvelle Alliance. C’est dans ce rejet et ce mépris de la Parole de Dieu, de son dessein d’Amour, que se situe le péché.


« L'union des baptisés en dehors du sacrement de mariage
est un rejet de la parole de Dieu et de son dessein d'amour »

Cela ne signifie pas que ces baptisés commettent, en plus, un péché social ou un péché collectif27, mais cela signifie qu’ils adhèrent, quelquefois en y consentant et le plus souvent inconsciemment, à cette dérive qui aboutit à discréditer le mariage et à rendre périlleuse une situation de la famille toujours menacée de dissolution. Cette situation objective n’est pas changée par l’authenticité des sentiments humains, d’attrait mutuel, d’amitié, de dévouement, voire de fidélité et de confiance. Deux concubins peuvent s’aimer d’une affection humaine réelle et aimer leurs enfants d’un véritable amour parental ; deux divorcés remariés peuvent trouver un nouvel équilibre de vie, un véritable support mutuel de sérénité, une certaine paix, un remède aux blessures que l’union précédente échouée a causées. Ce n’est pas l’amour humain qui est en cause. C’est sa plénitude. Cette plénitude ne peut jamais s’atteindre sans la grâce de Dieu, même pour ceux qui ne connaissent pas le Christ ! Car la fidélité du Créateur rejoint tous les hommes si ces derniers tentent incomplètement ou maladroitement de demeurer fidèles à ce qu’ils peuvent connaître de la Loi des Origines.

Le chrétien, lui, est configuré au Christ par le sacrement de son baptême. Il doit donc témoigner par toute sa vie du mystère de la Nouvelle Alliance. A cette structure de péché, l’immensité de la miséricorde de Dieu ne peut rien ! Dieu, certes, peut pardonner à l’infini ! Mais Dieu ne pardonne ni les situations objectives ni les structures de péché. Ils pardonnent les personnes, si elles se tournent vers Lui et demandent son pardon.


Les circonstances atténuantes

La Relation III fait appel au Catéchisme de l’Église catholique qui, au n° 1735, mentionne en ces termes les circonstances atténuantes : l’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux.

Ceux, parmi les agents pastoraux ou les laïcs qui s’occupent de préparation au mariage, reconnaissent bien là un grand nombre de chrétiens qui demandent le mariage. Ils sont ignorants de la vérité sacramentelle des sacrements qui a fait d’eux des baptisés, des confirmés et même des communiants. Et combien il y a d’autres causes psychologiques et sociales qui, en sollicitant l’affectivité, rendent difficiles et presque impossible à vues humaines l’adhésion de beaucoup de baptisés à la réalité du mariage sacramentel ! L’une des principales, c’est la structure sociale du péché contre la vérité de l’amour conjugal et la sacralité de la famille. Les baptisés sont entraînés à faire ce qui est courant, à faire comme tout le monde. Et ils se mettent dans des situations impossibles, objectivement impossibles. Que faut-il faire ?

C’est pour le savoir et en décider que le Pape réunit un synode afin d’être conseillé sur la parole qu’il doit adresser à l’Église tout entière, afin de la garder dans son unité et dans sa fidélité à la volonté du Christ. Certes, il y a un ensemble de mesures qui peuvent être prises, mesures catéchétiques, meilleure préparation au mariage, assouplissement des procédures juridiques des déclarations de nullité, etc. Mais il faut garder raison devant toutes les sirènes suggestives qui tournent autour de nos têtes.


« Par le renoncement à l'acte conjugal, les divorcés remariés
vivent leur état en communion avec le mystère du Christ,
chemin de grâce, de paix et de pardon »

Les circonstances atténuantes ne changent rien à la réalité objective d’un acte moral et encore moins à une structure de péché. Ce n’est pas, par exemple, l’adoption des pratiques de l’Église orthodoxe vis-à-vis des divorcés remariés qui change la nature objectivement mauvaise de leur situation28. Ce n’est pas parce qu’ils seront admis à la communion eucharistique que la situation objective dans laquelle ils sont redeviendra objectivement sans péché. Dans certains cas, l’autorité compétente pourrait reconnaître que le péché que comporte cette situation ne peut leur être retenu et que, devant Dieu, aucune faute ne peut leur être imputée. Cela est un jugement juridique qui libère une conscience devant Dieu. Elle n’assainit pas, pour autant, une situation objective, laquelle demeure une situation de péché. La seule façon d’assainir cette situation est donnée par Familiaris Consortio29, c’est un renoncement libre et volontaire à vivre « more unxorio30 ». Par ce renoncement, les époux changent objectivement la situation dans laquelle ils sont : ils ne sont pas des époux auxquels le corps de l’autre appartient, ils sont dans un amour marqué par une continence volontaire qui les unit affectivement et spirituellement à vivre leur état en communion avec toute l’Église et avec le mystère du Christ. Situation jugée héroïque ! Mais situation qui peut devenir une situation de grâce, de paix et de pardon.

Mais il n’y a pas que le seul problème des divorcés remariés, loin de là ! Il y a tous ces chrétiens qui méprisent le mariage, soit en vivant des unions de fait, un concubinage, ou même un seul mariage civil. La situation est délicate. Souvent ces situations sont temporaires et on finit par se marier ! Quoique ce ne soit pas toujours vrai : aujourd’hui, les statistiques montrent que le nombre des mariages diminue contre une augmentation sensible des unions de fait et des concubinages. Cela touche l’Église catholique au même titre que les autres religions. Quoiqu’il en soit des motivations personnelles, lesquelles peuvent être très nombreuses et variées, la situation demeure grave.

Couple sous l'eau d'une fontaine

Comment aider ces chrétiens qui sont pour le Christ et pour l’Église des personnes aimées jusqu’à l’intimité profonde de leur être ? Comment les conduire à comprendre l’amour du Christ qui les presse à s’ouvrir à Lui31 ? Quelle sorte de pastorale faut-il pratiquer ? Une pastorale d’inclusion ? Une pastorale de conversion ? Dans la mesure où un nombre, qui tend à diminuer, de chrétiens pratiquants considèrent que les divorcés, les divorcés remariés, les concubins (qui vivent "à la colle", sic), etc. forment une classe d’exclus dans l’Église, il y a urgence à pratiquer une pastorale d’inclusion. Mais cette pastorale ne s’adresse pas d’abord à ceux qui sont considérés comme « vivant dans le péché ». Elle s’adresse à tous ces « frères aînés » qui refusent au pécheur l’entrée dans la Maison du Père (Lc 15,25-28) Qui sommes-nous pour juger ? Nous vivons tous dans des situations objectives de péché et souvent nous y cédons ! Exclure les « impurs » au nom des « purs », c’est le péché d’hypocrisie sociale, péché que le Seigneur dénonce autant avec force : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ! Et ils partirent les uns après les autres à commencer par les plus vieux » (Jn 7, 7-9).

La pastorale de simple inclusion n’est pas non plus une solution. Le sacrement de mariage n’est ni une norme, ni une permission d’user de sa sexualité « sans pécher ». Il ne s’agit pas de chercher à tout prix à marier ceux qui, sans le sacrement, vivent « more uxorio », pour qu’ils obéissent à la norme et qu’ils obtiennent de faire, avec permission, ce qu’ils faisaient avant. Être responsable de l’animation catéchétique, préparer les enfants à la confirmation ! Toutes ces tâches pastorales qui peuvent être vécues comme des moyens d’inclusion ne changent pas la situation de ceux qui sont objectivement en situation irrégulière. Leur vie ne sera sanctifiée que s’ils rencontrent personnellement le Christ et s’ils consentent à se laisser aimer par Lui. La vie sacramentelle deviendra alors pour eux, comme pour tous les chrétiens, une vie où, forts de leur rencontre avec Celui qui les aime, ils jouiront librement des moyens qui leur sont donnés pour Le retrouver et recevoir sa grâce. Sans cette rencontre, le sacrement de mariage apporte souvent à ceux qui n’ont voulu que « se mettre en règle » une situation plus difficile que celle qu’ils viennent de quitter. Il n’est pas rare de rencontrer des couples qui, après une vie commune sans mariage, se mariant, soit pour avoir « une fête », soit pour être en règle, soit pour tout autre raison, se retrouvent dans des situations d’engagement qu’ils n’ont pas vraiment voulues, rendant instable et souvent malheureuse leur nouvelle vie conjugale. Le rite sacramentel ne dispense pas d’une conversion du cœur et d’un changement radical de vie !


« Pour rejoindre les chrétiens qui se sont éloignés de l'Église,
invitons-les à partager la vie fraternelle d'une communauté vivante »

Mais comment les rejoindre, ces chrétiens qui se sont éloignés de l’Église ? Comment les inviter à la Table nuptiale, au Banquet de la rencontre ? Il faut pratiquer ce que beaucoup de pasteurs font, encore trop timidement peut-être, encore trop peu encouragés par les plus hautes autorités ecclésiastiques, cette pastorale d’inclusion qui invite à venir « voir », à venir « écouter », à venir se « rassasier de viandes grasses et de vin capiteux » (Is 25, 6), à venir partager la vie fraternelle d’une communauté vivante. Il faut inviter à la joie plénière des noces. Il faut accueillir ceux qui viennent, leur montrer que la communauté les attend, les inviter à partager l’effort commun, à travailler à la Vigne. Peu à peu le cœur s’ouvre, les méfiances tombent et, forte de son amour, la communauté ecclésiale devient capable d’affronter toutes les structures de péché. Dieu n’est jamais vaincu !

C’est ce que les pasteurs, avec les laïcs engagés, attendent du Synode : les lignes d’une pastorale d’inclusion qui ouvrent à une pastorale de conversion. Nous en avons tous besoin !


Aline Lizotte




1 - Les lineamenta ou "grandes lignes" constituent le premier document publique d’un synode des évêques. Il expose les points principaux qui seront soumis aux discussions des assemblées des Pères synodaux.

2 - §52, à propos de la question de l’admission des divorcés remariés à l’Eucharistie, on énonce : « La question doit encore être approfondie, en ayant bien présente la distinction objective de péché et les circonstances atténuantes ». Cette phrase demeure confuse car la situation objective de péché peut regarder ce qu’autrefois on appelait « matière grave », c’est-à-dire, un « grave désordre » considéré dans sa réalité objective, c’est-à-dire en dehors des intentions et des motifs de la personne qui agit, alors que les circonstances atténuantes regardent la responsabilité qu’encourt la personne en agissant de façon objectivement mauvaise.

3 - Catéchèse n° 35, discours du 13 août 1980.

4 - Ibid.

5 - L’adultère était puni de peines sévères allant jusqu’à la lapidation, car ce péché, clairement indiqué comme tel, était surtout défini comme l’usage sexuel de la femme d’autrui, de l’homme, et non comme l’usage d’autres femmes à côté de sa propre femme (concubines). Dès lors, le péché d’adultère n’était pas la violation de l’unicité du mariage : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme pour toujours... », mais la violation de la possession de la femme par l’homme.

6 - Ibid, catéchèse n°35.

7 - Jean-Paul II, Encyclique Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987, § 36-37.

8 - Jean-Paul II, Reconciliatio Et Pænitentia, le 2 décembre 1984.

9 - Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n° 27.

10 - Le mot grec porneia a fait l’objet de beaucoup de discussion. Je signale un excellent article de Evald Lövestam, Divorce and remariage in the New Testament in Jewis Law Annual, vol. IV, 1981 où l’auteur montre un rapprochement intéressant entre l’inclusion matthéenne et l’interdiction de Jésus en Marc 10, 11-12.

11 - Aucune femme palestinienne au temps où vit Jésus n’aurait pu dresser un acte de répudiation à son mari sous motif d’adultère, c’est-à-dire en ayant eu des relations sexuelles avec une autre femme et ayant ainsi violé ses droits matrimoniaux à elle.

12 - Il s’agit de la catéchèse 41 du 24 septembre 1980. Il faut cependant bien préciser que l’analyse de cette parole du Sermon sur la Montagne : L’homme qui regarde une femme pour la désirer... fait partie de cette longue analyse de l’homme de la concupiscence qui s’étend sur toute la seconde partie de la Théologie du corps et qui commence avec le commentaire de Mt 5, 27 : catéchèse 31, du 26 juin 1980.

13 - Voir Gehard Von Rad, Genesis, le commentaire qu’il fait à propos de cette nouvelle alliance que Dieu conclut avec Noé où il inclut le pouvoir sur la vie des animaux sans lui accorder le pouvoir sur la vie d’un autre homme, The Old Testament Library, The Westminster Press, p.132.

14 - Jean Gaudemet, Le mariage en Occident, Cerf, p.40.

15 - John P. Meir, Un certain Juif, Jésus, Les données de l’histoire, T. IV, La loi et l’amour, Traduction de l’anglais : Dominique Barrios, Charles Ehlinger et Noël Lucas, Éditions, Le Cerf, 2009, p.95.

16 - Cf Jean-Paul II, Familiaris Consortio, n° 20.

17 - Cf sur toute cette question de l’amour sponsal du Christ : Cardinal Marc Ouellet, Mystère et sacrement de l’amour : Théologie du mariage et de la famille en vue de la nouvelle évangélisation, Édition du Cerf, 2014.

18 - 8S. Th. IIa-Iiae, qu.24, a.1.

19 - G. Gurvitch, Traité de sociologie, t.1, PUF, pp.185-198.

20 - Ibid, p.199.

21 - Ibid, p.207.

22 - Cf Jean Carbonnier, Sociologie juridique, Puf, où le célèbre professeur de Droit de l’Université de Paris décrit comment l’esprit sociologique influe l’élaboration de la législation, veille sur son exécution et réprime les déviations.

23 - Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, N° 16.

24 - Avarice, au sens d’un amour désordonné des richesses.

25 - Lire aussi à ce sujet, Pierre-Yves Gomez, Le travail invisible, François Bourin Editeur, 2013, 254 p. On peut aussi en comparaison voir Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, Seuil. Les deux auteurs dénoncent les mêmes injustices, entre autres les inégalités injustifiées des salaires, mais en proposant des solutions diverses. Pierre-Yves Gomez propose un retour à la véritable réalité économique, le travail de l’homme, Piketty reste dans les schémas idéologiques d’une structure socialiste moderne de l’économie.

26 - Loc.cit.

27 - Voir à ce propos, le livre de Mathias Nebel, La catégorie moral de péché structurel, Coll. Cogitatio Fidei, Les éditions du Cerf.

28 - Cf L’Osservatore Romano” du 23 octobre 2013 sur « Indissolubilité du mariage et le débat sur les divorcés remariés et les sacrements ».

29 - Jean-Paul II, Familiaris Consortio, n° 84.

30 - L’expression courante « vivre comme frère et sœur » est ambiguë. Ils vivent comme des personnes mariées, d’un amour conjugal en renonçant aux droits exclusifs qu’ils auraient comme époux de s’unir en vue de devenir une seule chair. Au sens strict, ils ne sont pas « adultères ».

31 - Dans La Boutique de l’Orfèvre, l’auteur Karol Wojtyla fait dire à Adam qui tente de donner à Anna, une femme désespérée par la faillite de son mariage, l’espérance qu’apporte dans un cœur la présence de Jésus. Il lui dit ces paroles brûlantes : « Anna, comment te prouver qu’au-delà de tous ces amours qui remplissent notre vie, il y a l’Amour ? L’Époux passe par cette rue et par toutes les rues. Comment te prouver que tu es la bien-aimée ? Il faudrait percer une couche de ton âme comme on creuse la terre d’un sous-bois pour trouver une source dans la verdure de la forêt. Tu l’entendrais dire alors : « Ma chérie, tu ne sais pas à quel point tu fais partie de mon amour et de ma souffrance » Aimer, c’est donner la vie au-delà de la mort : c’est faire jaillir dans les profondeurs de l’âme une eau vive qui brûle ou couve sans pouvoir se consumer. La flamme, la source !... Tu ne ressens pas la fraîcheur de la source. Anna, et la flamme te dévore, n’est-ce pas ? »


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